—Tant pis, dis-je, j’en suis fâché pour lui.

—Expliquez-vous, car je ne comprends pas le tort que peut faire à un homme un vêtement de boyard?

—Mais, mon ami, répondis-je, c’est moins pour son costume que pour la place qu’il occupe à son contrôle, que je blâme M. Bosco. Il me semble qu’il est peu convenable pour un artiste de prodiguer sa personne en dehors de la scène. Il y a tant de différence entre l’homme que toute une salle écoute, admire, applaudit, et le directeur de spectacle venant ostensiblement surveiller de mesquins intérêts, que ce dernier rôle doit évidemment nuire au premier.

Pendant ce colloque, nous étions entrés et installés, mon ami et moi, chacun à notre place.

D’après l’idée que je m’étais faite du laboratoire du magicien, je m’attendais à me trouver en face d’un rideau dont les larges plis, après avoir vivement piqué ma curiosité, allaient, en s’ouvrant, étaler à mes yeux éblouis une scène resplendissante et garnie d’appareils dignes de la célébrité qui m’était annoncée. Dès mon entrée dans la salle, mes illusions à ce sujet s’étaient subitement évanouies.

Le rideau avait été jugé superflu: la scène était à découvert. Devant moi se dressait un long gradin à triple étage, entièrement recouvert d’une étoffe d’un noir mat. Ce lugubre buffet était orné d’une forêt de flambeaux garnis de cierges, entre lesquels se trouvaient des appareils en fer-blanc verni. Sur le point culminant de cette étagère, se pavanait une tête de mort, bien étonnée sans doute de se trouver à pareille fête, et dont l’effet complétait assez bien l’illusion d’un service funèbre.

En avant de la scène et près des spectateurs, était une table cachée sous un tapis brun qui tombait jusqu’à terre, et sur laquelle cinq gobelets de cuivre jaune étaient symétriquement rangés. Enfin, au-dessus de cette table, une boule de cuivre, suspendue au plafond, piqua vivement ma curiosité[10].

J’eus beau me demander à quel usage elle était destinée, je ne pus parvenir à le deviner. Je pris le parti d’attendre, en rêvant, que Bosco vînt me donner le mot de l’énigme. Pour Antonio, il avait lié conversation avec son voisin, et celui-ci lui faisait le plus grand éloge de la séance à laquelle nous allions assister.

Le bruit argentin d’un petite sonnette agitée dans la coulisse mit fin à ma rêverie et à l’entretien de mon ami. Bosco parut sur la scène.

L’artiste avait changé de costume. A la redingote moscovite, il avait substitué une petite jaquette en velours noir, serrée au milieu du corps par une ceinture de cuir de même couleur. Ses manches, excessivement courtes, laissaient voir un gros bras bien potelé. Il portait un pantalon noir collant, garni par le bras d’une ruche de dentelle, et autour du cou une large collerette blanche. Comme on le voit, ce bizarre accoutrement, à quelques détails près ressemblait assez bien au classique costume des Scapins de notre comédie.