Ce réveil-briquet, ainsi que je l’appelais, eut une telle vogue que, pour satisfaire les nombreuses demandes qui m’étaient faites, je me trouvai dans la nécessité de joindre un atelier à mon appartement. Je pris des ouvriers, et je devins ainsi un fabricant d’horlogerie.

Encouragé par un aussi beau résultat, je tournai de nouveau mes idées vers les inventions, et je donnais un libre essor à mon imagination.

Je parvins encore à faire plusieurs mécaniques nouvelles, parmi lesquelles était une pièce que quelques-uns de mes lecteurs se rappelleront peut-être avoir vue dans les principaux magasins d’horlogerie de Paris.

C’était un cadran de cristal, monté sur une colonne de même matière. Cette pendule mystérieuse (tel était son nom) bien qu’entièrement transparente, donnait l’heure avec la plus grande exactitude, et sonnait sans qu’il y eût apparence de mécanisme pour la faire marcher.

Je construisis aussi plusieurs automates: escamoteur jouant des gobelets, danseur sur la corde roide, oiseaux chantants, etc.

Il devrait sembler au lecteur qu’avec tant de cordes à mon arc et d’aussi séduisantes marchandises, ma situation eût dû s’améliorer considérablement. Il n’en était pas ainsi. Chaque jour au contraire apportait une nouvelle gêne dans mon commerce ainsi que dans mon ménage, et je voyais même avec effroi s’approcher une crise financière qu’il m’était impossible de conjurer.

Quelle pouvait être la cause d’un tel résultat? Je vais le dire. C’est que tout en m’occupant des pièces mécaniques que je viens de citer, je travaillais également à mes automates de théâtre, pour lesquels ma passion, un instant assoupie, s’était réveillée par les travaux analogues de ma fabrication. Semblable au joueur qui jette insensiblement jusqu’à ses dernières ressources sur le tapis, je mettais dans mon organisation théâtrale les produits de mon travail, dans l’espoir de retrouver bientôt à cette source le centuple de ce que j’y sacrifiais.

Mais il était écrit que je ne pourrais voir s’approcher la réalisation de mes espérances, sans qu’aussitôt j’en fusse éloigné par un événement inattendu. J’en étais arrivé à cette triste position d’avoir à payer pour la fin du mois une somme de deux mille francs, et je n’en avais pas, comme on dit communément, le premier sou! Il ne restait plus que trois jours jusqu’à l’échéance du billet que j’avais souscrit.

Que cet embarras arrivait mal à propos! Je venais précisément de concevoir le plan d’un automate sur lequel je fondais le plus grand espoir. Il s’agissait d’un écrivain-dessinateur, répondant par écrit ou par dessins emblématiques aux questions posées par les spectateurs. Je comptais faire de cette pièce un intermède dans le foyer de mon futur théâtre.

Me voilà donc encore une fois forcé d’enrayer l’essor de mon imagination, pour m’absorber dans le vulgaire et difficile problème de payer un billet, quand on n’a pas d’argent.