Ah! si j’avais un rat! me disais-je dans mon désappointement, comme tout cela marcherait! Un rat! mais comment me le procurer? Là était la difficulté, et elle me paraissait insurmontable: pourtant elle ne l’était pas, comme on va le voir.

Un jour, surpris par un surveillant dans une escapade d’écolier, aggravée d’escalade et d’effraction, je fus condamné à douze heures de prison.

Douze heures de prison pour le vol d’une friandise! et quelle friandise! du raisiné qu’à nos repas nous ne mangions que du bout des lèvres. Je n’avais pu résister, hélas! à l’attrait du fruit défendu.

Cette punition, que je subissais pour la première fois, m’affecta vivement; mais bientôt au milieu des tristes réflexions que m’inspirait ma solitude, une idée vint dissiper mes pensées mélancoliques en m’apportant un heureux espoir.

Je savais que chaque soir, à la tombée de la nuit, des rats descendaient des combles d’une église voisine pour ramasser les miettes de pain laissées par les prisonniers. C’était une excellente occasion de me procurer un de ces animaux que je désirais si vivement pour mon manége; je ne la laissai pas s’échapper et me mis immédiatement à chercher les moyens de construire une ratière.

Je n’avais pour tout mobilier qu’une cruche contenant l’eau qui devait remplacer pour moi l’abondance du collége; ce vase était donc le seul objet autour duquel je pusse grouper mes combinaisons. Voici la disposition à laquelle je m’arrêtai:

Je commençai par mettre mon cruchon à sec, puis, après avoir placé un morceau de pain dans le fond, je le couchai de manière que l’orifice fût au niveau du sol. Mon but, on le comprendra, était d’allécher mon gibier par cet appât et de l’attirer dans le piége. Un carreau, que je descellai, devait en fermer subitement l’ouverture, mais comme dans l’obscurité où j’allais me trouver il me serait impossible de connaître le moment de couper retraite au prisonnier, je mis près du morceau de pain un peu de papier sur lequel le rat en passant devait produire un frôlement qu’il me serait possible d’apprécier dans le silence de ma prison.

La nuit venue, je me blottis près de mon cruchon, le bras étendu vers lui, et, la main placée sous le carreau, j’attendis avec une anxiété fiévreuse l’arrivée de mes convives.

Il fallait que le plaisir que je me promettais de ma capture fût bien vif pour que je ne cédasse pas à la frayeur qui me saisit lorsque j’entendis les premiers soubresauts de mes enragés visiteurs. Je l’avoue: les évolutions qu’ils exécutèrent autour de mes jambes m’inspiraient une cruelle inquiétude; j’ignorais jusqu’où pouvait aller la voracité de ces intrépides rongeurs. Toutefois, je tins bon, je ne fis pas le moindre mouvement dans la crainte de compromettre le succès de ma chasse, et je me tins prêt, en cas d’attaque, à opposer aux assaillants une énergique résistance.

Plus d’une heure s’était écoulée dans une vaine attente, heure pleine d’émotion et d’inquiétudes, et je commençais à désespérer de mon piége, lorsque je crus entendre le petit bruit qui devait me servir de signal. Je pousse alors vivement le carreau sur l’ouverture du cruchon et le redresse aussitôt.