A sept heures du soir, mille choses me restaient encore à faire, mais j’étais dans un état de surexcitation qui doublait mes forces et mon énergie; je vins à bout de tout.

Huit heures sonnèrent et retentirent dans mon cœur comme la dernière heure du condamné; jamais, à aucune époque de ma vie, je n’éprouvai pareille émotion, pareille torture. Ah! si j’avais pu reculer! s’il m’avait été possible de fuir, d’abandonner cette position que j’avais si longtemps désirée, avec quel bonheur je me serais remis à mes paisibles travaux! Et pourtant, pourquoi cette folle terreur? Je ne saurais le dire; car les trois quarts de ma salle étaient occupés par des personnes sur l’indulgence desquelles je pouvais compter.

Je fis un dernier effort sur ma pusillanimité.

—Allons, me dis-je, du courage! je joue ici mon nom, ma fortune, l’avenir de ma famille; du courage!

Cette pensée me ranima; je passai à plusieurs reprises la main sur mes traits contractés, je fis lever le rideau, et, sans réfléchir davantage, je m’avançai résolument sur la scène.

Mes amis, qui n’ignoraient pas mes souffrances, me saluèrent de quelques bravos.

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Cet accueil bienveillant me rendit la confiance et, ainsi qu’une douce rosée, rafraîchit mon esprit et mes sens; je commençai.

Prétendre que je m’en acquittai passablement, serait faire preuve d’amour-propre, et je serais pourtant bien excusable, car à chaque instant je recevais des spectateurs de nombreuses marques d’approbation. Comment distinguer les applaudissements du public ami de ceux du public payant? Je me faisais volontiers illusion, et mes expériences y gagnèrent.

La première partie était terminée; le rideau se baissa pour l’entr’acte. Ma femme vint aussitôt m’embrasser avec effusion pour m’encourager et me remercier de mes courageux efforts.