Les illustrations de la presse parisienne d’alors vinrent assister à mes représentations et rendirent compte de mes expériences dans les termes les plus flatteurs.
Quelques chroniqueurs de journaux comiques firent aussi sur mes séances et sur moi-même des allusions très plaisantes.
L’un d’eux, à cette époque collaborateur du Charivari, dont il possède aujourd’hui la direction, me fit dans ce journal un article plein de gaîté, de verve et d’entrain, qu’il terminait par cette petite pièce de vers:
Tous les Robert passés furent de grands coupables,
Tous portaient des surnoms de brigands ou de diables;
Mais celui de nos jours,
Celui qu’on appela le grand Robert-Macaire,
Fit croire par ses tours
Qu’on ne verrait jamais son pareil sur la terre.
Héritier de ce nom qui fut toujours fatal,
Un sorcier vient de naître!
Est-il né pour le bien? est-il né pour le mal?
Comment le reconnaître?
Ce qui semble certain,
C’est que Robert-Houdin
Veut de sa noble race
Continuer la trace,
Car il n’a qu’un seul but, un but bien arrêté,
C’est celui de voler............. à la postérité.
Enfin, le journal l’Illustration, voulant aussi me témoigner sa sympathie, confia au talent d’Eugène Forey le soin de reproduire ma scène.
Une telle publicité éveilla bientôt l’attention de l’élite de la société Parisienne; on vint voir mes séances; on se donna rendez-vous à mon théâtre, et dès lors commença pour moi cette vogue qui ne m’a jamais quitté depuis.
CHAPITRE XIV.
Etudes nouvelles.—Un journal comique.—Invention de la seconde vue.—Curieux exercices.—Un spectateur enthousiaste.—Danger de passer pour sorcier.—Un sortilége ou la mort.—Art de se débarrasser des importuns.—Une touche électrique.—Une représentation au théatre du Vaudeville.—Tout ce qu’il faut pour lutter contre les incrédules.—Quelques détails intéressants.
Fontenelle a dit quelque part: il n’y a pas de succès si bien mérité où il n’entre encore du bonheur. Bien que sur ce principe de haute modestie, je fusse en conformité d’opinion avec l’illustre académicien, je voulus cependant, à force de travailler, diminuer le plus possible la part que le bonheur pouvait revendiquer dans mes succès.
D’abord je redoublai d’efforts pour me perfectionner dans l’exécution de mes expériences, et quand je crus avoir obtenu ce résultat, je cherchai aussi à me corriger d’un défaut qui, je le sentais moi-même, devait nuire à ma séance. Ce défaut était une trop grande volubilité de parole; mon boniment, récité du ton d’un écolier, perdait considérablement de son effet. J’étais entraîné dans cette fausse direction par ma vivacité naturelle, et j’avais beaucoup à faire pour me corriger, car ce naturel que j’essayais de chasser, revenait toujours au galop. Toutefois à force de combats livrés à mon ennemi, je parvins à le dompter, et finis même par le modérer à mon gré.