Cette victoire me fut doublement profitable: je fis ma séance avec beaucoup moins de fatigue, et j’eus le plaisir de voir, à la tranquillité d’esprit de mes spectateurs, que j’avais réalisé cet axiome scénique, que plus un récit est fait lentement, moins il semble long à ceux qui l’écoutent.
En effet, si vous vous énoncez lentement, le public jugeant à votre calme que vous prenez vous-même intérêt à ce que vous dites, subit votre influence et vous écoute avec une attention soutenue. Si, au contraire, vos paroles trahissent le désir de terminer promptement, vos auditeurs reçoivent le contre-coup de cette inquiétude, et il leur tarde ainsi qu’à vous de voir arriver la fin de votre discours.
J’ai dit que le public d’élite venait en foule à mon théâtre, mais ce qui paraîtra surprenant c’est que, malgré cette affluence aux places d’un prix élevé, le parterre comptait souvent nombre de places vides. J’avais l’ambition de voir ma salle complètement remplie. Je crus ne pouvoir mieux y parvenir qu’en m’occupant de la publicité de mon théâtre que j’avais jusqu’alors un peu négligée.
Une innovation vint me procurer d’excellentes réclames, dont le public se chargea d’être le complaisant propagateur.
De temps immémorial, il était passé en usage, dans les séances de prestidigitation, de distribuer de petits cadeaux au public, dans le but d’entretenir son amitié.
On choisissait presque toujours des jouets d’enfants, dont les spectateurs de tout âge se disputaient la possession, ce qui faisait souvent dire à Comte, au moment de cette distribution: «Ce sont des joujoux à l’usage des grands et des petits enfants.» Ces cadeaux avaient une durée très éphémère, et comme rien n’indiquait leur origine, ils ne pouvaient attirer l’attention sur celui qui les avait donnés.
Tout en restant aussi libéral que mes prédécesseurs, je voulus que mes petits présents rappelassent plus longtemps le souvenir de mon nom et de mes expériences. Au lieu de pantins, de poupées et d’autres objets du même goût, je distribuais à mes spectateurs, sous forme de cadeaux produits par la magie, des journaux comiques illustrés, d’élégants éventails, des albums de ma séance, de gracieux rébus, le tout accompagné de bouquets et d’excellents bonbons.
Chaque objet portait non-seulement cette suscription: Souvenirs des soirées fantastiques de Robert-Houdin, mais il contenait en outre, selon sa nature, des détails sur ma séance. Ces détails étaient donnés dans de petites poésies pour lesquelles je demande au lecteur l’indulgence que mérite leur peu de prétention.
Sur l’une des faces de l’éventail, par exemple, était une jolie gravure, représentant l’entrée de mon théâtre; l’autre était couverte de ces pièces rimées dont je viens de parler. En voici un spécimen:
LA PENDULE AÉRIENNE.