—Tenez, ajouta-t-elle, voilà qui vous décidera peut-être à parler.

Et soulevant son mantelet, elle porta vivement la main sur le manche d’un petit poignard passé à sa ceinture; en même temps, elle soulevait brusquement son voile et me montrait des traits où éclataient tous les signes d’une folie furieuse.

Ne pouvant plus douter du personnage auquel j’avais affaire, mon premier mouvement fut de me lever et de me mettre sur mes gardes; mais cette première impression passée, je repoussai la pensée d’une lutte contre cette infortunée, et il me vint à l’esprit d’employer un moyen qui presque toujours réussit avec les malheureux privés de raison. Je feignis d’entrer dans ses vues.

—S’il en est ainsi, Madame, lui dis-je, je me rends à vos désirs. Voyons, que voulez-vous?

—Je vous l’ai dit, Monsieur; il faut que vous me vengiez, et pour cela il n’y a qu’un moyen, c’est de....

Ici, il y eut une nouvelle interruption, et la jeune femme, calmée par mon apparente soumission autant qu’embarrassée par la demande qu’elle avait à me faire, redevint tout à coup timide et irrésolue.

—Eh bien, Madame?

—Eh bien.... Monsieur.... Je ne sais comment vous dire.... comment vous expliquer.... mais il me semble qu’il existe certains moyens.... certains maléfices pour mettre un homme dans l’impossibilité de.... dans l’impossibilité.... d’être infidèle.

—Je comprends maintenant, Madame, ce que vous désirez. C’est une certaine pratique de magie employée au moyen-âge. Rien ne m’est plus facile. Je vais vous satisfaire.

Décidé à poursuivre la comédie jusqu’au bout, je pris dans ma bibliothèque le plus gros livre que je pus trouver, je le feuilletai, m’arrêtai sur une page que je feignis d’étudier avec une attention profonde, puis m’adressant à la jeune femme, qui suivait tous mes mouvements avec anxiété: