Et cette autre, qui semble le corollaire de la première:

«La vogue d’un artiste ne peut être durable qu’autant que son talent
s’accroît chaque jour.»

Il ne faut pas croire cependant que je me contentasse des rêves attrayants de mes inventions. Non, quelque amour qu’un homme porte à son art, il est bien rare qu’il ne lui vienne pas à l’idée d’associer la fortune à la gloire; d’autant plus que, pour peu que l’on ait vécu, l’on sait que ces deux choses se font mutuellement valoir.

L’une est la pierre précieuse, et l’autre est la parure qui la fait briller.

Rien ne rehausse le mérite d’un artiste comme une position de fortune indépendante. Cette vérité est brutale, mais elle est incontestable.

Non-seulement j’étais pénétré de ces principes de haute économie, mais je savais, en outre, que l’on doit se hâter de profiter de la fugitive faveur du public, qui, elle aussi, descend, quand elle ne monte pas. J’exploitais la vogue autant que je pouvais.

Malgré mes nombreuses occupations, je trouvais encore moyen de donner des soirées dans les salons et sur les principaux théâtres de Paris. De grandes difficultés s’opposaient souvent à ces sortes de représentations, parce que ma séance ne se terminant qu’à dix heures et demie, c’était seulement après que je pouvais remplir les engagements que j’avais pris.

Onze heures étaient presque toujours le moment fixé pour mon entrée en scène dans ces séances. Que l’on juge alors de l’activité qu’il me fallait déployer pour pouvoir, dans un si court espace de temps, me rendre à l’endroit convenu et faire encore quelque préparatifs! Il est vrai que les instants étaient aussi bien calculés qu’employés. Le rideau de ma scène était à peine baissé que, m’élançant vivement vers l’escalier, je devançais le public et je me jetais dans une voiture qui m’emportait à toutes brides.

Mais ces fatigues n’étaient rien en comparaison des vives émotions que me causaient quelquefois certaines erreurs sur le temps qui devait s’écouler entre mes deux séances.

Je me rappelle qu’un jour devant jouer au Vaudeville pour terminer le spectacle, le régisseur de la scène, qui n’avait pas bien calculé la longueur de ses pièces, se trouva en avance sur le moment convenu. Il m’expédia un exprès pour m’avertir que le rideau venait d’être baissé et que l’on m’attendait.