Comprendra-t-on mes angoisses? Mes expériences, dont il m’était impossible de rien retrancher, devaient se prolonger un quart-d’heure encore.
Au lieu de m’abandonner à des récriminations inutiles, je me résignai et je continuai ma représentation; mais j’étais en proie à une horrible anxiété. En même temps que je parlais, il me semblait entendre résonner à mes oreilles cet affreux trépignement rhythmé du public, sur lequel a été composée cette fameuse chanson: «Des lampions! des lampions! etc.» Aussi, soit préoccupation, soit désir de terminer plus tôt, je me trouvai, lorsque j’eus fini ma séance, avoir escamoté cinq minutes sur le quart-d’heure. Certes, on pouvait l’appeler le quart-d’heure de grâce.
Monter en voiture, arriver place de la Bourse, fut l’affaire d’un instant; néanmoins vingt minutes s’étaient écoulées depuis le baisser du rideau, et vingt minutes sont un temps exorbitant pour un entr’acte.
Mon fils Emile et moi, nous montâmes l’escalier des artistes avec toute la promptitude possible, mais déjà à la première marche nous avions entendu les cris, les sifflets, les roulements de pieds des spectateurs impatients.
Quelle perspective pour une entrée en scène! Je savais que souvent, à tort ou à raison, le public salue assez cavalièrement un artiste, quel qu’il soit, pour le rappeler à l’exactitude. Ce souverain semble toujours avoir à la bouche ce mot d’un autre monarque: «J’ai failli attendre.» Quoi qu’il en soit, nous nous hâtions de gravir les marches qui conduisaient à la scène.
Le régisseur, aux abois, entendant des pas précipités, nous cria du haut de ce rapide sentier:
—Est-ce vous, Monsieur Houdin?
—Oui, Monsieur, oui.
—Machiniste, au rideau! cria la même voix.
—Attendez donc, attendez donc, c’est imp....