Ma respiration ne put me permettre d’achever ma réclamation.

J’arrivai sur le palier du théâtre haletant, n’en pouvant plus.

—Allons! Monsieur Houdin, me dit le régisseur, je vous en supplie, faites votre entrée au plus vite; le rideau est levé, le public est d’une impatience.....

La porte du fond de la scène s’était ouverte à deux battants, mais j’étais dans l’impossibilité de la franchir; la fatigue et l’émotion m’avaient cloué sur place.

Ce fut cependant à cette impossibilité d’action que je dus une inspiration qui me sauva peut-être de la mauvaise humeur du public.

—Va, dis-je à mon fils, entre en scène, prépare tout ce qu’il faut pour l’expérience de la seconde vue, je te suis.

Le public se laissa désarmer par ce jeune enfant, dont la physionomie inspirait un sympathique intérêt. Mon fils, après s’être gravement avancé vers les spectateurs, fit tranquillement ses petits préparatifs, c’est-à-dire qu’il apporta sur le devant de la scène un tabouret, et qu’il déposa sur une table voisine une ardoise, du blanc, des cartes et un bandeau.

Ce peu de temps m’avait suffi pour reprendre haleine et pour calmer mes sens. Je m’avançai à mon tour, en m’efforçant de retrouver le sourire de rigueur ordinairement stéréotypé sur mes lèvres. J’y parvins, mais avec beaucoup de peine, tant mes traits avaient été contractés.

Le public resta d’abord silencieux, puis insensiblement les figures se déridèrent, et bientôt un ou deux applaudissements ayant été risqués, il y eut entraînement et la paix fut faite. Je fus, du reste, bien dédommagé de ce terrible préliminaire, car jamais ma seconde vue n’obtint un plus grand succès.

Un incident contribua surtout à égayer la fin de cette expérience.