Un spectateur, venu sans doute à cette représentation avec le parti pris de nous embarrasser, avait, depuis quelques instants, cherché vainement à mettre en défaut la clairvoyance de mon fils, lorsque m’adressant la parole:

—Monsieur, me dit-il en accentuant ses paroles, puisque votre fils est un devin, il pourra certainement deviner le numéro de ma stalle.

L’exigeant spectateur pensait me mettre dans la nécessité d’avouer l’impuissance de notre mystérieuse expérience, parce qu’il couvrait le chiffre et que les stalles voisines étant occupées, on ne pouvait non plus en lire les numéros. Mais j’étais en garde contre toutes les surprises; ma réponse était prête. Seulement, afin de tirer le meilleur parti possible de la situation, je feignis de reculer pour mieux enferrer mon adversaire.

—Vous savez, Monsieur, lui dis-je en affectant un air embarrassé, vous savez que mon fils n’est ni sorcier, ni devin; il lit par mes yeux, et c’est pour cela que j’ai donné à cette expérience le nom de seconde vue. Comme je ne puis voir le numéro de votre stalle, puisque vous l’occupez, et qu’autour de vous les autres stalles sont également remplies, mon fils ne pourra vous le nommer.

—Ah! j’en étais bien sûr! s’écria mon persécuteur d’un air de triomphe et en se tournant vers ses voisins, je vous l’avais bien dit que je l’embarrasserais.

—Oh! Monsieur, vous n’êtes pas généreux dans votre victoire, dis-je à mon tour d’un ton railleur. Prenez-y garde, si vous piquez trop fort l’amour-propre de mon fils, il pourra bien, si difficile qu’il soit, résoudre votre problème.

—Je l’en défie, fit le spectateur en s’appuyant fortement sur le dossier de sa stalle pour mieux en cacher le numéro. Oui, oui, je l’en défie.

—Vous croyez donc cela difficile?

—Je dirai mieux: cela vous est impossible.

—Alors, Monsieur, raison de plus pour que nous essayions de le faire. Vous ne nous en voudrez pas de triompher à notre tour, ajoutai-je en souriant malignement.