—Allez, Monsieur, nous connaissons ces défaites-là; je vous le répète, je vous en défie l’un et l’autre.

Le public prenait grand plaisir à ce débat et en attendait patiemment l’issue.

—Emile, dis-je à mon fils, prouvez à Monsieur que rien ne peut échapper à votre seconde vue.

—C’est le numéro soixante-neuf, répondit aussitôt l’enfant.

De tous les coins de la salle partirent aussitôt de bruyants et chaleureux applaudissements, auxquels s’associa, du reste, mon antagoniste, qui, s’avouant vaincu, criait en battant des mains:

—C’est étonnant! c’est magnifique!

Par quel moyen étais-je parvenu à connaître le numéro de la stalle soixante-neuf? Je vais le dire.

Je savais à l’avance que dans les théâtres, lorsque les stalles sont divisées au milieu par une barrière, les numéros impairs se trouvent à droite et les numéros pairs à gauche.

Or, comme au Vaudeville chaque rang était composé de dix stalles, il en résultait que du côté droit, par exemple, chacun de ses rangs devait commencer par les numéros un, vingt-et-un, quarante-et-un, soixante-un, et ainsi de suite, de vingt en vingt. Guidé par ce renseignement, il ne me fut pas difficile, en partant du numéro soixante-et-un, d’arriver au soixante-neuf, représentant dans le quatrième rang la cinquième stalle occupée par mon adversaire.

J’avais allongé la conversation dans le double but de donner plus d’éclat à mon expérience et de prendre le temps de faire mes recherches à loisir. Je faisais ainsi une application de mon procédé des deux pensées simultanées dont j’ai parlé plus haut.