Puisque me voici sur le chapitre des confidences, j’expliquerai au lecteur quelques-uns des artifices qui ont le plus puissamment contribué à l’éclat de la seconde vue.
J’ai déjà dit que cette expérience était surtout le résultat d’une communication matérielle, mais insaisissable, entre mon fils et moi, communication dont les immenses combinaisons pouvaient se prêter à la désignation de tout objet imaginable. C’était un très beau résultat sans doute, mais je compris que dans l’exécution j’allais rencontrer bientôt des difficultés inouïes.
L’expérience de la seconde vue avait lieu chaque soir à la fin de ma séance, et chaque soir, je voyais arriver des incrédules armés de toutes pièces pour triompher d’un secret qu’ils ne pouvaient s’expliquer.
Avant de partir pour aller voir le fils de Robert-Houdin, on tenait un conciliabule, on se concertait pour emporter quelque objet qui pût embarrasser le père. C’étaient des médailles antiques à moitié effacées, des minéraux, des livres écrits en caractères de toutes sortes (langues mortes et langues vivantes), des armoiries, des objets microscopiques, etc.
Ce qui par dessus tout soumettait mon intelligence à un travail prodigieux, c’étaient les devinations que l’on m’imposait en me présentant des objets enfermés, enveloppés, et quelquefois même ficelés et cachetés.
J’étais parvenu à lutter avec avantage contre toutes ces taquineries. J’ouvrais assez facilement, sans qu’on s’en aperçût, tout en paraissant m’occuper de toute autre chose, les boîtes, les bourses, les portefeuilles, etc. Me présentait-on un paquet ficelé et cacheté? Avec l’ongle du pouce de la main gauche, que je conservais toujours long et soigneusement aiguisé, je découpais dans le papier une petite porte que je refermais aussitôt, après toutefois avoir, du coin de l’œil, pris connaissance de ce qu’il renfermait.
Une condition essentielle de mon rôle était d’avoir une excellente vue, et sur ce point mes yeux ne me laissaient rien à désirer. Je devais à l’exercice de mon ancienne profession cette précieuse faculté qui se développait encore, chaque jour, dans mes séances.
Une nécessité non moins indispensable était de connaître le nom de tout objet qui m’était présenté. Il ne suffisait pas de dire, par exemple: C’est une pièce de monnaie, il fallait encore que mon fils fît connaître le nom technique de cette pièce, sa valeur représentative, le pays où elle avait cours et l’année où elle avait été frappée. Si l’on présentait un crown d’Angleterre, l’enfant devait, après l’avoir nommé, indiquer également par exemple, que cette pièce avait été frappée sous Georges IV et qu’elle avait une valeur intrinsèque de six francs dix-huit centimes.
Secondés par une excellente mémoire, nous étions parvenus à classer dans notre tête le nom et la valeur de toutes les monnaies étrangères.
Nous pouvions aussi dépeindre un blason en termes héraldiques. Ainsi, me présentait-on les armes de la maison de X..., mon fils disait:..... écu champ de gueule à deux émanches d’argent posées en pal.