Cette connaissance nous était très utile dans les salons du faubourg Saint-Germain, où nous étions souvent appelés.

J’avais appris à reconnaître, par la forme des caractères, mais sans pouvoir les traduire, une infinité de langues, telles que le Chinois, le Russe, le Turc, le Grec, l’Hébreu, etc.

Nous savions les noms de presque tous les instruments de chirurgie, de sorte que les trousses de médecins, si compliquées qu’elles fussent, ne pouvaient nous embarrasser.

Enfin je possédais encore, suffisamment pour en tirer parti, des connaissances en minéralogie, pierres précieuses, antiquités et curiosités.

A la vérité j’avais, pour faire ces études, tous les documents que je pouvais désirer.

Un de mes bons et intimes amis, Aristide Le Carpentier, savant antiquaire, spirituel fabuliste, oncle de l’habile compositeur de ce nom, possédait et possède encore aujourd’hui un cabinet de curiosités antiques, qui fait mourir de convoitise les conservateurs des musées impériaux.

Nous y passions, mon fils et moi, de longues journées à apprendre des noms et des dates dont nous faisions ensuite un savant étalage. Le Carpentier m’avait appris bien des choses, et entre autres il m’avait indiqué différents signes auxquels on peut reconnaître certaines médailles antiques, dont le module se trouve effacé. Les Trajan, les Tibère, les Marc-Aurèle, m’étaient devenus aussi familiers qu’une pièce de cinq francs.

En ma qualité d’ancien horloger, je savais ouvrir facilement une montre, et je faisais même cette opération d’une seule main, si bien que, sans que le public s’en doutât, je voyais le nom de l’horloger gravé sur la cuvette; je refermais ensuite la montre et le tour était fait. Pour la devination, mon fils faisait le reste.

Mais ce qui, sans contredit, nous rendit les plus grands services, ce fut cette vue par appréciation que mon fils surtout possédait au plus haut point. Il lui suffisait, lorsque nous entrions en ville, d’un examen très rapide, pour connaître tous les objets que contenait un appartement, ainsi que les différents bijoux portés par les spectateurs, tels que breloques, épingles, lorgnons, éventails, broches, bagues, bouquets, etc.

On doit penser avec quelle facilité il faisait la description de ces objets, lorsque je les lui indiquais par notre correspondance secrète. Je vais en citer un exemple.