—Monsieur, répondis-je d’un ton visiblement piqué, je ne connais pas de travaux plus sérieux que ceux qui font vivre un honnête homme. Toutefois je suis prêt à changer de direction si vous m’en donnez l’avis après que vous m’aurez écouté.

A l’époque où je m’occupais d’horlogerie de précision, je gagnais à peine de quoi vivre. Aujourd’hui, j’ai quatre ouvriers pour m’aider dans la confection de mes automates; le moins habile gagne six francs dans sa journée; jugez ce que je dois gagner moi-même.

Je vous demande maintenant, Monsieur, si je dois retourner à mon ancienne profession.

Mon interlocuteur se tut, mais un autre membre du jury s’approchant de moi, me dit à demi-voix:

—Continuez, Monsieur Robert-Houdin, continuez; j’ai l’assurance que vos ingénieux travaux, après vous avoir conduit au succès, vous mèneront tout droit à des découvertes utiles.

—Monsieur le baron Séguier, répondis-je sur le même ton, je vous remercie de votre encourageant pronostic; je ferai mes efforts pour le justifier[18].

J’ai suivi l’avis de l’illustre savant, et je m’en suis fort bien trouvé.

CHAPITRE XIX.

Voyage en Algérie.—Convocation des chefs de tribus.—Fêtes.—Représentations devant les Arabes.—Enervation d’un Kabyle.—Invulnerabilité.—Escamotage d’un Maure.—Panique et fuite des Spectateurs.—Réconciliation.—La secte des Aïssaoua.—Leurs prétendus miracles.—Excursion dans l’intérieur de l’Algérie.—La demeure d’un Bach-Agha.—Repas comique.—Une soirée de hauts dignitaires Arabes.—Mystification d’un marabout.—L’Arabe sous sa tente, etc. etc.—Retour en France.—Conclusion.

Inveni portum; spes et fortuna, valete!
Enfin, je suis au port; espérance et fortune,
Salut!......