On verra plus tard le succès qu’obtint cette habile tactique.

Du jour de mon acceptation à celui de mon départ, il devait s’écouler trois mois; je les employai à préparer un arsenal complet de mes meilleurs tours, et je partis de Saint-Gervais le 10 septembre.

Je glisserai rapidement sur le récit de mon voyage à travers la France et la Méditerranée; je dirai seulement qu’à peine en mer, je désirais déjà être arrivé, et que ce fut avec une joie indicible que, après trente-six heures de navigation, j’aperçus la capitale de notre colonie.

J’étais attendu. Une ordonnance vint au-devant de moi dans une charmante barque et me conduisit à l’hôtel d’Orient, où l’on m’avait retenu un appartement.

Le Gouvernement avait fort bien fait les choses, car il m’avait logé comme un prince. De la fenêtre de mon salon je voyais la rade d’Alger, et ma vue n’avait d’autre limite que l’horizon. La mer est toujours belle lorsqu’on la voit de sa fenêtre; aussi, chaque matin, je l’admirais et lui pardonnais ses petites taquineries passées.

De mon hôtel j’apercevais aussi cette magnifique place du Gouvernement, plantée d’orangers comme on n’en voit pas en France. Ils étaient à cette époque chargés de fleurs épanouies et de fruits en pleine maturité.

Par la suite, nous nous plaisions, Mme Robert-Houdin et moi, à aller le soir, sous leur ombrage, prendre une glace à la porte d’un Tortoni algerien, tout en respirant la brise parfumée que nous apportait la mer. Après ce plaisir, rien ne nous intéressait autant que l’observation de cette immense variété d’hommes qui circulaient devant nous.

On eût dit que les cinq parties du monde avaient envoyé leurs représentants en Algérie: c’étaient des Français, des Espagnols, des Maltais, des Italiens, des Allemands, des Suisses, des Prussiens, des Belges, des Portugais, des Polonais, des Russes, des Anglais, des Américains, tous faisant partie de la population algérienne. Joignons à cela les différents types arabes, tels que les Maures, les Kabyles, les Koulougly, les Biskri, les Mozabites, les Nègres, les Juifs arabes, et l’on aura une idée du spectacle qui se déroulait à nos yeux.

Lorsque j’arrivai à Alger, M. de Neveu m’apprit qu’une partie de la Kabylie s’étant révoltée, le Maréchal Gouverneur venait de partir avec un corps expéditionnaire pour la soumettre. En conséquence de ce fait, les fêtes pour lesquelles on devait convoquer les chefs arabes ne pouvaient avoir lieu avant un mois, et mes représentations étaient remises à cette époque.

—J’ai à vous demander maintenant, ajouta le colonel, si vous voulez souscrire à ce nouvel engagement.