Faire prolonger cette commotion eût été de la barbarie.

Je fis un second signal et le courant électrique fut aussitôt interrompu. Mon athlète dégagé de ce lien terrible, lève les mains au-dessus de sa tête:

—Allah! Allah! s’écrie-t-il plein d’effroi, puis s’enveloppant vivement dans les plis de son burnous, comme pour cacher sa honte, il se précipite à travers les rangs des spectateurs et gagne la porte de la salle.

A l’exception des loges d’avant-scène[20] et des spectateurs privilégiés, qui paraissaient prendre un grand plaisir à cette expérience, mon auditoire était devenu grave et sérieux, et j’entendais les mots Chitan, Djenoun (Satan, Génie) circuler sourdement parmi ces hommes crédules, qui, tout en me regardant, semblaient s’étonner de ce que je ne possédais aucun des caractères physiques que l’on prête à l’ange des ténèbres.

Je laissai quelques instants mon public se remettre de l’émotion produite par mon expérience et par la fuite de l’hercule Arabe.

Un des moyens employés par les Marabouts pour se grandir aux yeux des Arabes et établir leur domination, c’était de faire croire à leur invulnérabilité.

L’un d’eux entre autres faisait charger un fusil qu’on devait tirer sur lui à une courte distance. Mais en vain la pierre lançait-elle des étincelles; le Marabout prononçait quelques paroles cabalistiques, et le coup ne partait pas.

Le mystère était bien simple: l’arme ne partait pas parce que le Marabout en avait habilement bouché la lumière.

Le Colonel de Neveu m’avait fait comprendre l’importance de discréditer un tel miracle en lui opposant un tour de prestidigitation qui lui fût supérieur. J’avais mon affaire pour cela.

J’annonçai aux Arabes que je possédais un talisman pour me rendre invulnérable, et que je défiais le meilleur tireur de l’Algérie de m’atteindre.