J’avais à peine terminé ces mots, qu’un Arabe qui s’était fait remarquer depuis le commencement de la séance par l’attention qu’il prêtait à mes expériences, enjamba quatre rangées de stalles, et dédaignant de passer par le praticable, traversa l’orchestre en bousculant flûtes, clarinettes et violons, escalada la scène, non sans se brûler à la rampe, et une fois arrivé me dit en français:
—Moi, je veux te tuer.
Un immense éclat de rire accueillit et la pittoresque ascension de l’Arabe et ses intentions meurtrières, en même temps qu’un interprète, qui se trouvait peu éloigné de moi, me faisait connaître que j’avais affaire à un Marabout.
—Toi, tu veux me tuer, lui dis-je en imitant le son de sa voix et son accent, eh bien! moi je te réponds que, si sorcier que tu sois, je le serai encore plus que toi, et que tu ne me tueras pas.
Je tenais en ce moment un pistolet d’arçon à la main; je le lui présentai.
—Tiens, prends cette arme, assure-toi qu’elle n’a subi aucune préparation.
L’Arabe souffla plusieurs fois par le canon, puis par la cheminée, en recevant l’air sur sa main, pour s’assurer qu’il y avait bien communication de l’une à l’autre, et après avoir examiné l’arme dans tous ses détails:
—Le pistolet est bon, dit-il, et je te tuerai.
—Puisque tu y tiens, et pour plus de sûreté, mets double charge de poudre et une bourre par dessus.
—C’est fait.