—Voici maintenant une balle de plomb; marque-la avec un couteau, afin de pouvoir la reconnaître, et mets-la dans le pistolet en la recouvrant d’une seconde bourre.
—C’est fait.
—Tu es bien sûr maintenant que ton arme est chargée et que le coup partira. Dis-moi, n’éprouves-tu aucune peine, aucun scrupule à me tuer ainsi, quoique je t’y autorise?
—Non, puisque je veux te tuer, répéta froidement l’Arabe.
Sans répliquer, je piquai une pomme sur la pointe d’un couteau, et me plaçant à quelques pas du Marabout, je lui commandai de faire feu.
—Vise droit au cœur, lui criai-je.
Mon adversaire ajusta aussitôt sans marquer la moindre hésitation.
Le coup partit, et le projectile vint se planter au milieu de la pomme.
J’apportai le talisman à l’Arabe qui reconnut la balle marquée par lui.
Je ne saurais dire si cette fois la stupéfaction fut plus grande que dans le tour précédent; ce que je pus constater, c’est que mes spectateurs ahuris, en quelque sorte, par la surprise et l’effroi, se regardaient en silence et semblaient se dire dans un muet langage: où diable nous sommes-nous fourrés?