—Allah est grand, dit l’Arabe, et s’il lui plaît, je partirai avant; tu ne me retiendras pas.
—Tu ne partiras pas si je le défends, j’en suis certain; mais, dis-moi, pourquoi es-tu si pressé de t’en aller?
—Après ce que j’ai vu hier, je ne veux pas rester à Alger; il m’arriverait malheur.
—Est-ce que tu as pris ces miracles au sérieux?
Le Kabyle regarda le Maréchal d’un air d’étonnement, et sans répondre directement à la question qui lui était faite:
—Au lieu de faire tuer tes soldats pour soumettre les Kabyles, dit-il, envoie ton marabout français chez les plus rebelles, et avant quinze jours, il te les amènera tous ici.
Le Kabyle ne partit pas, on parvint à calmer ses craintes; toutefois il fut un de ceux qui, dans la cérémonie qui venait d’avoir lieu, s’étaient éloignés le plus à mon approche.
Un autre Arabe disait encore en sortant d’une de mes séances:
—Il faudra maintenant que nos marabouts fassent des miracles bien forts pour nous étonner.
Ces renseignements, dans la bouche du Gouverneur, me furent très agréables. Jusqu’alors je n’avais pas été sans inquiétude, et, bien que je fusse certain d’avoir produit une vive impression dans mes séances, j’étais enchanté de savoir que le but de ma mission avait été rempli selon les vues du Gouvernement. Du reste, avant de partir pour la France, le Maréchal voulut bien m’assurer encore que mes représentations en Algérie avaient produit les plus heureux résultats sur l’esprit des indigènes.