Une fois installés, deux Arabes se présentèrent pour nous servir.

En France, les domestiques servent la tête découverte; en Algérie, ils gardent leur coiffure, mais en revanche, comme marque de respect, ils laissent leurs chaussures à la porte de l’appartement et servent nu-pieds; entre nos serviteurs et ceux des Arabes, il n’y a de différence que des pieds à la tête.

Nous étions seuls attablés avec Bou-Allem. Le fils n’avait pas l’honneur de dîner avec son père, qui mangeait presque toujours seul.

On apporta sur le plateau une sorte de saladier rempli de quelque chose qui ressemblait à du potage à la citrouille. J’aime assez ce mets.

—Quelle heureuse idée, dis-je à ma femme! Bou-Allem a deviné mes goûts; comme je vais faire honneur à son cuisinier!

Notre hôte comprit sans doute le sens de mon exclamation, car nous présentant à chacun une rustique cuillère de bois, il nous engagea à suivre son exemple, et plongea son arme jusqu’au manche dans la gamelle. Nous l’imitâmes.

Pour mon compte, je sortis bientôt une énorme cuillerée, que je portai avec empressement à ma bouche; mais à peine l’eus-je goûté:

—Pouah! m’écriai-je en faisant une horrible grimace, qu’est-ce cela? J’ai la bouche en feu!

Mme Robert-Houdin arrêta une cuillerée qu’elle tenait près de ses lèvres, puis, soit appétit, soit curiosité, elle voulut s’assurer par elle-même du goût de notre potage; elle en essaya, mais elle ne tarda pas à joindre son concert au mien en toussant à perdre haleine. C’était une soupe au piment.

Tout en paraissant contrarié de ce contre-temps, notre hôte avalait sans sourciller d’énormes cuillerées du potage, et chaque fois il étendait les bras d’un air de béatitude qui semblait nous dire: C’est pourtant bien bon!