La cloison qui séparait la chambre du cabriolet avait été enlevée, de manière que ces deux compartiments ne formaient plus qu’une seule pièce. On devait recevoir le public de ce côté, et un escalier, muni d’une rampe, conduisait à l’entrée, devant laquelle une élégante marquise simulait un vestibule, où était le bureau pour les billets.
Enfin, pour que rien ne manquât à l’aspect monumental de cette étrange salle de spectacle, on avait revêtu l’extérieur d’un décor simulant des pierres de taille et des ornements d’architecture.
La vue de cette machine, enflammant mon imagination, m’inspira un de ces rêves comme peut en concevoir une tête de vingt ans; véritable château en Espagne qui fut longtemps le but de mon ambition mais que la Providence ne me permit pas de réaliser.
Je me voyais en perspective possesseur d’une voiture semblable, mais un peu plus petite, en raison du genre d’exhibition que je me proposais d’y faire.
Ici, je me trouve forcé d’ouvrir une parenthèse pour donner une explication que je crois nécessaire. J’ai tant parlé de prestidigitation, que l’on pourrait penser, d’après ce qui précède, que j’avais complétement abandonné mes idées sur la mécanique. Loin de là, j’étais plus que jamais passionné pour cette science; seulement, depuis que l’amour du merveilleux s’était emparé de mon esprit, j’en avais modifié les applications. Ne rêvant plus que prestiges, je les cherchais aussi dans mon art favori, sous formes d’automates, que je me proposais de mettre tôt ou tard à exécution.
Je me voyais donc possesseur d’une voiture munie d’une scène, où je faisais, en imagination, fonctionner les machines que j’avais inventées et exécutées moi-même.
Je m’y réservais, pour mon domicile privé, une petite pièce, dont je pouvais faire à ma volonté, ainsi que Torrini, une salle à manger, un salon ou une chambre à coucher. Là, j’avais en outre un établi, des outils de mécanicien, un atelier complet, enfin, puis je voyageais de ville en ville, à bien petites journées, il est vrai, mais je charmais l’ennui de la route par le travail. Quel plaisir, aussi, je me promettais de marcher à pied, quand l’envie m’en prendrait, et de m’arrêter pour visiter les lieux intéressants! Je ne voulais rien moins que parcourir la France, l’Europe, le monde peut-être, en récoltant partout honneur, plaisir et profit.
Au milieu de ces riantes pensées, je ne tardai pas à voir renaître mes forces et ma santé, et je pus espérer que Torrini me permettrait bientôt d’assister à une de ses représentations. Il ne tarda pas, en effet, à m’en faire l’agréable surprise.
Un soir, m’aidant à descendre, il me conduisit jusqu’à son théâtre, et m’installa sur le premier banc de places, qu’il décorait pompeusement du titre de stalles.
J’étais le premier, l’heure d’entrée pour le public n’ayant pas encore sonné. Torrini me laissa pour aller terminer les apprêts de sa séance, et, dès que je fus seul, je me recueillis, afin de pouvoir mieux savourer mon bonheur, car cette séance, la première de ce genre à laquelle j’allais assister, devait être une fête, je dirai plus, une véritable solennité pour moi.