J’allais passer à une autre expérience, lorsque je vois mon spectateur s’agiter vivement en s’adressant à ses voisins, et me regarder comme pour m’adresser la parole. Je crois que pour écarter tout soupçon mon compère poursuit son rôle; seulement, je trouve qu’il abuse de cet effet. Mais quel n’est pas mon saisissement, lorsque mon homme se levant:

—Pardon, Monsieur, me dit-il, il me semble que votre tour n’est pas terminé, puisqu’à la place d’une bague en or ornée de diamants que je vous ai confiée, vous m’en avez rendu une en cuivre garnie de verroterie?

Une erreur me paraissait impossible, aussi tournant le dos, je commence les préparatifs de l’expérience qui doit suivre.

—Monsieur, me crie alors mon spectateur récalcitrant, voulez-vous me faire l’honneur de répondre à ma question? Si la fin de votre tour est une plaisanterie, je l’accepte comme telle, et vous me rendrez ma bague en sortant. S’il n’en est pas ainsi, je ne puis me contenter de l’horrible bijou que vous m’avez remis.

Un silence profond régnait dans la salle; on ignorait les causes de cette réclamation, et l’on pouvait croire que c’était une mystification qui, comme d’ordinaire, finirait à la plus grande gloire de l’opérateur.

Le réclamant, le public et moi, nous nous trouvions dans le même embarras, dans la même incertitude; c’était une énigme dont seul je pouvais donner le mot, et ce mot, je l’ignorais.

Voulant cependant sortir de cette position aussi critique que ridicule, je m’approche de mon impitoyable créancier, je jette un coup d’œil sur la bague que je lui ai remise, et je demeure attéré en reconnaissant qu’elle est véritablement en cuivre grossièrement doré.

Le spectateur auquel je me suis adressé n’était donc point un compère? pensai-je avec effroi. Pinetti aurait-il voulu me trahir? Cette supposition me semble tellement odieuse que je la repousse, préférant attribuer au hasard cette fatale méprise. Mais que faire? que dire? ma tête était en feu.

En désespoir de cause, j’allais adresser au public quelques excuses sur ce malencontreux accident, lorsqu’une inspiration vint me tirer provisoirement d’embarras.

—Monsieur, dis-je au plaignant en affectant une grande tranquillité d’esprit, continuez-vous à croire que votre bague, en passant par mes mains, s’est changée en cuivre?