Pendant huit jours, je fus en proie à une fièvre ardente et au délire, criant sans cesse vengeance contre Pinetti. Et pourtant je ne savais pas tout encore!

J’appris plus tard que cet homme indigne, cet ami déloyal était sorti de sa cachette, après mon évanouissement; qu’il était entré en scène, à la demande de quelques compères, et qu’il avait continué la séance, aux grands applaudissements de la salle entière.

Ainsi donc, toute cette amitié, toutes ces protestations de dévouement n’étaient qu’une comédie, qu’un tour d’escamotage. Pinetti n’avait jamais eu pour moi la moindre affection; ses caresses n’avaient eu d’autre but que de me faire tomber dans le piége qu’il tendait à mon amour-propre; il voulait détruire par une humiliation publique une concurrence qui le gênait.

Il eut de ce côté un succès complet, car depuis ce jour, mes amis, mêmes les plus intimes, craignant sans doute que le ridicule dont j’étais couvert ne rejaillît sur eux, me tournèrent subitement le dos.

Cet abandon m’affecta vivement, mais j’avais trop de fierté pour mendier le retour d’affections aussi frivoles, et, loin de chercher un rapprochement, je résolus de quitter immédiatement la ville. D’ailleurs, je méditais un projet de vengeance pour l’exécution duquel la solitude m’était nécessaire.

Pinetti avait fui lâchement après le sanglant affront qu’il m’avait infligé. Le provoquer en duel, c’eût été lui faire trop d’honneur. Je jurai de le battre avec ses propres armes et d’humilier à mon tour mon vil mystificateur.

Voici le plan que je me traçai:

Je devais me livrer avec ardeur à tous les exercices de la prestidigitation et approfondir cet art dont je n’avais fait qu’effleurer les principes. Puis, lorsque je serais bien sûr de moi-même, que j’aurais ajouté au répertoire de Pinetti des tours nouveaux, je poursuivrais mon ennemi dans ses voyages, je le devancerais dans chaque ville ou j’y jouerais concurremment avec lui et je l’écraserais partout de ma supériorité.

Plein de cette idée, je convertis en numéraire tout ce que je possédais, et je me réfugiai à la campagne. Là, complétement retiré du monde, je me livrai à l’exécution de mes projets de vengeance.

Je ne puis vous dire, mon ami, tout ce que je déployai de patience et combien je travaillai pendant les six mois que dura ma séquestration volontaire. J’en fus heureusement récompensé, car ma réussite fut complète.