J’acquis une adresse à laquelle je n’eusse jamais osé prétendre. Pinetti n’était plus un maître pour moi, et je devenais son rival.
Non content de ces résultats, je voulus l’éclipser encore par la richesse de ma scène. Je fis donc exécuter des appareils avec un luxe inouï jusqu’alors, sacrifiant à l’organisation de mon cabinet tout ce que je possédais.
Avec quel bonheur je contemplai ces brillants instruments, dont chacun me présentait une arme capable de faire de mortelles blessures à la vanité de mon adversaire! De quelle joie profonde mon cœur battit à la pensée de la lutte que j’allais engager avec lui!
C’était maintenant entre Pinetti et moi un duel d’amour-propre, mais un duel à mort; l’un de nous deux devait rester sur le terrain, et j’avais le droit d’espérer que je sortirais vainqueur de cette lutte.
Avant de commencer mes voyages, je pris des renseignements sur mon rival, et j’appris qu’après avoir parcouru l’Italie méridionale, en s’arrêtant dans les villes les plus importantes, il venait de quitter Lucques pour se rendre à Bologne. Je sus en outre qu’au sortir de cette ville, il devait gagner successivement Modène, Parme, Plaisance, etc.
Sans perdre de temps, je partis pour Modène, afin de le précéder dans cette ville et de lui enlever ainsi la possibilité d’y donner des représentations. D’énormes affiches annoncèrent les représentations
DU COMTE DE GRISY, PHYSICIEN FRANÇAIS.
Mon programme devait présenter un grand attrait, car il comprenait tous les tours de Pinetti. Or, les journaux les avaient tellement prônés depuis quelque temps, que j’avais lieu de croire qu’ils seraient parfaitement accueillis.
En effet, la salle fut envahie avec autant d’empressement que lors de ma désastreuse représentation de Naples; mais cette fois le résultat ne me laissa rien à désirer. Les perfectionnements que j’avais apportés aux expériences de mon rival, et surtout l’adresse que je déployai dans leur exécution, me concilièrent tous les suffrages.
Dès lors mon succès fut assuré, et les représentations suivantes achevèrent de placer mon nom au dessus de ceux des prestidigitateurs les plus en vogue de l’époque.