Ce dénouement suffisait à ma vengeance: je me retirai. Mais, avant de partir, chacun de nous jura sur l’honneur d’être discret. Les femmes furent admises à ce serment.
Après avoir remercié ce bon Antonio de son dévouement et l’avoir complimenté sur son esprit d’à-propos:
—Ces messieurs, ajoutai-je, ont agi très galamment avec les dames, en confiant un secret à leur discrétion; mais moi qui me flatte de connaître le cœur féminin, je dis avec François Ier:
Souvent femme varie,
Bien fol est qui s’y fie.
C’est pourquoi le mariage aura lieu après-demain, et trois jours après nous partirons pour Constantinople.
Ce ne fut que dans la capitale de la Turquie qu’Antonio raconta à sa sœur le danger qu’elle avait couru et la ruse par laquelle il l’avait sauvée.
Antonio aimait sa sœur autant que moi-même, et il avait raison, ajouta Torrini, car c’était bien la femme la plus parfaite qu’il y ait jamais eu dans ce monde. Pour s’en faire une idée, mon ami, il faudrait se figurer toutes les qualités d’une belle âme unies à la plus ravissante beauté. C’était un ange enfin!
Le comte de Grisy s’était tellement exalté à ce souvenir, qu’il s’était soulevé en portant les bras vers le ciel, où il semblait chercher la femme qu’il avait tant aimée. Mais il retomba aussitôt, accablé par d’horribles souffrances que lui causa le dérangement de ses appareils. Il dut interrompre son récit et le remettre au lendemain.
CHAPITRE VII.
Suite de l’histoire de Torrini.—Le Grand-Turc lui fait demander une séance.—Un tour merveilleux.—Le corps d’un jeune page coupé en deux.—Compatissante protestation du Sérail.—Agréable surprise.—Retour en France.—Un spectateur tue le fils de Torrini pendant une séance.—Folie: Décadence.—Ma première représentation.—Facheux accident pour mes débuts.—Je reviens dans ma famille.