Je vous fais grâce du détail des expériences qui composaient ma séance; je tiens seulement à vous faire connaître un tour qui, ainsi que celui de la montre brisée, fut un à-propos dont l’effet fut immense.

L’imagination de mes spectateurs avait été déjà fortement impressionnée lorsque je le présentai.

M’adressant à Selim avec le ton grave et solennel du magicien: «Noble Sultan, lui dis-je, je vais cesser de simples tours d’adresse pour m’élever maintenant aux hauteurs de la sublime science de la magie; mais pour réussir dans mes mystérieuses incantations, j’ai besoin de m’adresser directement à votre auguste personne. Que Votre Hautesse veuille donc me confier ce bijou qui m’est nécessaire.» Et en même temps, je désignais un superbe collier de perles fines qui ornait son cou. Le sultan me le remit et je le déposai entre les mains d’Antonio. Celui-ci me servait d’aide sous le costume d’un jeune page.

On sait, continuai-je, que la magie a des pouvoirs illimités, parce qu’elle tient dans sa dépendance des esprits familiers qui, respectueux et soumis, exécutent aveuglément les ordres de leur maître. Que ces esprits se préparent à m’obéir, je vais les évoquer.»

En même temps, je traçai majestueusement avec ma baguette un cercle autour de moi, et je prononçai à voix basse certaines paroles magiques. Puis, je me tournai vers mon page pour reprendre le collier.

Le collier avait disparu.

Vainement j’interroge Antonio. Pour toute réponse, il fait entendre un rire strident et sarcastique, comme s’il eût été possédé d’un des esprits que je venais d’évoquer.

—Grand prince, dis-je alors au Sultan, veuillez croire que loin d’avoir participé à cette audacieuse soustraction, je me trouve forcé d’avouer que je suis en butte à un complot cabalistique que j’étais loin de prévoir.

Mais que Votre Hautesse veuille bien se rassurer: nous possédons des moyens de répression pour faire rentrer nos subordonnés dans le devoir. Ces moyens sont aussi puissants que terribles, je vais vous en donner un exemple.

A mon appel, deux esclaves apportèrent, l’un une boîte longue et étroite, l’autre un chevalet propre à scier le bois. Antonio paraissait en proie à une terreur indicible: j’ordonnai froidement aux esclaves de le saisir, de l’enfermer dans la boîte dont le couvercle fut aussitôt cloué, et de le mettre en travers sur le chevalet.