Alors je m’arme d’une scie, et le pied appuyé sur la boîte, je me disposais à l’entamer pour la couper en deux, lorsque des cris perçants se font entendre derrière le grillage doré. C’étaient les femmes du Sultan qui protestaient contre ma barbarie. Je m’arrête un moment pour leur laisser le temps de se remettre; mais dès que je veux reprendre mon travail, de nouvelles protestations, où je reconnais des menaces, me forcent encore à suspendre mon opération.

Ne sachant si je puis me permettre d’adresser la parole au grillage doré, je prends un biais pour rassurer indirectement ces dames dans leur compatissante frayeur:

—Seigneurs, dis-je à mon nombreux auditoire, ne craignez rien, je vous prie, pour le supplicié: loin de ressentir aucune douleur, je puis vous assurer qu’il éprouvera au contraire les sensations les plus agréables.

Spectateurs et spectatrices ajoutèrent sans doute foi à cette étrange assertion, car le silence se rétablit, et je pus continuer mon expérience.

Le coffre était enfin séparé en deux parties; j’en relevai les tronçons de manière que chacun produisit un piédestal, je les rapprochai l’un de l’autre et les couvris d’un énorme cône en osier, sur lequel je jetai un grand drap noir parsemé de signes cabalistiques brodés en argent.

Cette fantasmagorie terminée, je recommençai la petite comédie d’évocation, de cercles magiques et de paroles sacramentelles; puis tout-à-coup, au milieu du plus profond silence, on entendit sous le drap noir deux voix humaines exécutant en duo une ravissante mélodie.

Pendant ce temps, des feux de Bengale s’allumaient de tous côtés comme par enchantement. Enfin, les voix et les feux s’étant insensiblement éteints, un bruit effrayant se fit entendre, le cône et le voile noir se renversèrent, et... Tous les spectateurs poussèrent un cri de surprise et d’admiration: deux pages identiquement semblables parurent, chacun sur un piédestal, se tenant d’une main, tandis que de l’autre ils soutenaient un plateau d’argent sur lequel était le collier de perles. Mes deux Antonios se dirigèrent vers le Sultan, et lui offrirent respectueusement son riche bijou.

La salle entière s’était levée comme pour donner plus de force aux applaudissements qui me furent prodigués. Le sultan lui-même me remercia dans son langage, que je ne compris pas, mais je crus lire sur son visage l’expression d’une profonde satisfaction.

Le lendemain, un officier du palais vint me complimenter de la part de son maître, et m’offrit en présent le collier qui avait été si bien escamoté la veille.

Le tour des deux pages, ainsi que je l’avais nommé, fut un des meilleurs que j’aie jamais exécutés, et cependant, je dois l’avouer, c’est peut-être un des plus simples. Ainsi, vous devez parfaitement comprendre, mon cher enfant, qu’Antonio escamote le collier, tandis que j’occupe l’attention du public par mes évocations. Vous comprenez encore que, lorsqu’il est enfermé dans la caisse, et pendant qu’on est occupé à la clouer, il en sort par une autre ouverture qui correspond à une trappe pratiquée dans le parquet du théâtre; la caisse est déjà vide lorsqu’on la couche sur le chevalet, je n’ai donc à couper que des planches. Enfin, à la faveur du grand cône, et du drap qui le couvre, Antonio et sa sœur portant le même costume, sortent invisiblement de dessous le plancher et viennent se placer sur les deux piédestaux. La mise en scène et l’aplomb de l’opérateur font le reste.