Et, en effet, ce qui reste de ce palais occupe seulement l'extrémité d'une butte factice sur laquelle existaient aussi jadis d'autres constructions liées sans doute avec l'édifice encore debout; tous les débris épars sur le sol portent du moins des noms royaux appartenant aux derniers Pharaons de la XVIIIe dynastie, ou au premier de la XIXe.

Sur le même axe que ces arrachements de constructions rasées, au milieu de bouquets de palmiers et de masures modernes en briques crues, s'élève un portique ayant plus de cent cinquante pieds de long, trente de hauteur, et soutenu par dix colonnes dont le fût se compose d'un faisceau de tiges de lotus, et le chapiteau, des boutons de cette même plante tronqués pour recevoir le dé. Cet ordre, qui n'est point particulier aux constructions civiles, puisqu'on le retrouvait dans le temple de Chnouphis à Éléphantine et dans un temple d'Éléthya, tous deux très-récemment détruits par la barbare ignorance des Turcs, appartient sans aucun doute aux vieilles époques de l'architecture égyptienne, et ne le cède, sous le rapport de l'antiquité, qu'aux seules colonnes cannelées semblables au vieux dorique grec, dont elle sont le type évident, et que l'on trouve employées presque exclusivement dans les plus anciens monuments de l'Égypte.

Sur les quatre faces du dé des chapiteaux du portique existent, sculptées avec beaucoup de recherche, les légendes royales de Ménephtha Ier ou celles de Rhamsès le Grand. Les noms et les prénoms de ces deux Pharaons sont également inscrits sur le fût des colonnes, mais accolés ensemble et renfermés dans un tableau carré.

Le rapprochement de ces deux noms royaux trouve son explication naturelle dans la double légende dédicatoire qui décore l'architrave du portique sur toute sa longueur. Cette inscription est ainsi conçue:

«L'Aroëris puissant, ami de la vérité, le seigneur de la région inférieure, le régulateur de l'Égypte, celui qui a châtié les contrées étrangères, l'épervier d'or soutien des armées, le plus grand des vainqueurs, le roi Soleil gardien de la vérité, l'approuvé de Phré, le fils du Soleil, l'ami d'Ammon, RHAMSÈS, a exécuté des travaux en l'honneur de son père Amon-Ra, le roi des dieux, et embelli le palais de son père, le roi Soleil stabiliteur de justice, le fils du Soleil, MÉNEPHTHA-BOREÏ. Voici qu'il a fait élever ... (grande lacune) ... les propylons du palais ... et qu'il l'a entouré de murailles de briques, construites à toujours; c'est ce qu'a exécuté le fils du Soleil, l'ami d'Ammon, RHAMSÈS.»

Cette dédicace constate deux faits principaux: le palais de Kourna fut fondé et construit par le Pharaon Ménephtha Ier; et son fils, Rhamsès le Grand, achevant la décoration de ce bel édifice, l'environna d'une enceinte ornée de propylons et semblable à celle qui renferme chacun des grands monuments royaux de Thèbes.

Tous les bas-reliefs qui décorent l'intérieur du portique et l'extérieur des trois portes par lesquelles on pénètre dans les appartements du palais représentent, en effet, Ménephtha Ier, et plus souvent encore Rhamsès le Grand, rendant hommage à la triade thébaine et aux autres divinités de l'Égypte, ou recevant de la munificence des dieux les pouvoirs royaux et des dons précieux, qui devaient embellir et prolonger la durée de leur vie mortelle. Mais il faut particulièrement remarquer une série de vingt petits tableaux dans lesquels sont figurés alternativement les dieux qui président au fleuve du Nil dans ses divers États, et les déesses protectrices de la terre d'Égypte pendant chaque mois, présentant à Rhamsès le Grand tous les produits de la terre et des eaux dans chaque saison de l'année; au-dessus de ces bas-reliefs s'étend horizontalement l'inscription suivante:

«Voici ce que disent les dieux et les déesses qui résident dans la région d'en bas à leur fils le dominateur des deux régions, le seigneur du monde, Soleil gardien de justice, l'approuvé de Phré (Rhamsès): Nous sommes venus vers toi, nous te donnons toutes les productions destinées aux offrandes; nous mettons à ta disposition tous les biens purs, afin que tu puisses célébrer la panégyrie de la maison de ton père, puisque tu es un fils qui aimes ton père comme le dieu Hôrus qui a vengé le sien.»

Ces bas-reliefs et leur légende se rapportent évidemment à l'assemblée sacrée ou panégyrie solennelle dans laquelle Rhamsès le Grand fit l'inauguration du palais de Ménephtha Ier, son père, aussitôt que, par ses soins pieux, la décoration intérieure et extérieure fut entièrement terminée. Les seules sculptures de l'édifice, postérieures à Rhamsès le Grand, consistent en quelques inscriptions royales onomastiques placées sur l'épaisseur des portes ou sur le soubassement et qui ne se lient point à l'ensemble de la décoration primitive; toutes appartiennent au règne de Ménephtha II, fils et successeur immédiat de Rhamsès le Grand, à l'exception d'une seule, sculptée au-dessous du bas-relief des offrandes et rappelant le nom, le prénom et les titres de Rhamsès IV ou Méiamoun, cinquième successeur de Rhamsès le Grand, avec une date de l'an VI.

La porte médiale du portique donne entrée dans une salle d'environ quarante-huit pieds de long sur trente-trois de large. C'est la plus considérable du palais. Six colonnes semblables à celles du portique soutiennent le plafond, subsistant encore en très-grande partie; deux longues inscriptions, toutes deux au nom de Ménephtha Ier, servent d'encadrement aux vautours ailés qui décorent ce plafond. L'inscription de droite contient la dédicace générale du palais, faite par son fondateur à la plus grande des divinités de l'Égypte: