« ... Le seigneur du monde, soleil stabiliteur de justice, a fait ces constructions en l'honneur de son père, Amon-Ra, le seigneur des trônes du monde et qui réside dans la divine demeure du fils du soleil Ménephtha-Boreï à Thèbes, sur la rive gauche; il (le roi) a fait construire l'habitation des années (c'est-à-dire le palais) en pierre de grès blanche et bonne, et un sanctuaire pour le seigneur des dieux.»

Cette inscription nous fait connaître, en premier lieu, le nom que les anciens habitants de Thèbes donnaient à l'édifice de Kourna. Ils l'appelaient demeure de Ménephtha ou Menephtheum, du nom même du prince qui en jeta les fondements et en éleva toutes les masses; elle explique en même temps le double caractère de temple et de palais que présente cet édifice, qui, par la disposition même de son plan, paraît destiné à l'habitation d'un homme, et rappelle cependant, par toutes ses décorations, la demeure sainte d'une divinité.

La seconde inscription du plafond, celle de gauche, nous apprend que cette grande salle du palais dont elle constate la construction par le roi Ménephtha Ier, fut le manôskh, c'est-à-dire la salle d'honneur, le lieu où se tenaient les assemblées religieuses ou politiques et où siégeaient les tribunaux de justice. Cette salle du Menephtheum répond ici à ces vastes salles des grands palais de Thèbes, soutenues par de nombreuses rangées de colonnes, qu'on a désignées jusqu'ici sous la dénomination de salles hypostyles; toutes portent le nom de manôskh dans les inscriptions égyptiennes sculptées sur leur plafond ou sur les architraves de leurs colonnades. Mais ce n'est point ici l'occasion de développer les considérations qui motivaient le nom de manôskh (c'est-à-dire le lieu de la moisson, et par suite, le lieu où l'on mesure les grains), donné par les Égyptiens aux salles les plus vastes de leurs édifices publics.

De nombreux tableaux sculptés décorent les longues parois de droite et de gauche de cette salle hypostyle. Dans tous se montre le fondateur, le roi Ménephtha Ier, offrant des parfums, des fleurs, ou bien l'image de son prénom mystique, à la triade thébaine, et particulièrement au chef de cette triade, Amom-Ra, sous sa forme primordiale et sous celle de générateur; c'était le dieu protecteur du palais qui renfermait un sanctuaire consacré à cette grande divinité. Mais les petites parois à droite et à gauche de la porte principale sont couvertes de bas-reliefs représentant les membres de la triade thébaine adorés par un Pharaon autre que Ménephtha Ier, portant le nom de Rhamsès, et qu'il ne faut point confondre avec Rhamsès III, dit le Grand.

Une série de faits incontestables, recueillis dans les monuments originaux, m'ont démontré que ce nouveau Rhamsès, le Rhamsès II du canon royal, succéda immédiatement à Ménephta Ier, son père, et fut remplacé, après un règne fort court, par son frère Rhamsès III ou Rhamsès le Grand, qui est le Sésostris de l'histoire.

Le bas-relief inférieur, à gauche de la porte, dans la salle hypostyle, rappelle le sacre de Rhamsès II, après la mort de Ménephtha Ier. Le jeune roi, présenté par la déesse Mouth et le dieu Chons, fléchit le genou devant le souverain de l'univers, Amon-Ra. Le dieu suprême lui accorde les attributions royales et les périodes des grandes panégyries, c'est-à-dire un très-long règne, en présence de Ménephtha Ier, père du nouveau roi, représenté debout derrière le trône d'Ammon, et tenant à la fois les emblèmes de la royauté terrestre qu'il vient de quitter, et l'emblème de la vie divine dont il jouit déjà dans la compagnie des dieux.

Plus loin, on a figuré l'enfance de Rhamsès II en représentant le jeune roi, debout, embrassé par Mouth, la grande mère divine, qui lui offre le sein. La légende porte textuellement:

«Voici ce que dit Mouth, dame du ciel: Mon fils qui m'aime, seigneur des diadèmes, Rhamsès chéri d'Ammon, moi qui suis ta mère, je me complais dans tes bonnes oeuvres; nourris-toi de mon lait.»

Ce tableau fait pendant à une composition analogue, sculptée sur la paroi opposée; la déesse Hathôr, la Vénus égyptienne, nourrissant le roi Ménephtha Ier, et lui adressant les mêmes paroles.

La frise entière de la salle hypostyle se compose des noms et prénoms répétés de ce Pharaon, environnés des insignes du pouvoir souverain. On les retrouve aussi sur les dés et dans les ornements de la base des colonnes, mais entremêlés aux cartouches de Rhamsès II. Les architraves portent plusieurs inscriptions dédicatoires de la salle hypostyle; les unes au nom du fondateur, Ménephtha Ier, d'autres au nom de Rhamsès II, qui en acheva la décoration.