La pierre végétale est plus commune à Bona-Vista que dans les autres îles. C'est un madrépore qui croît en tiges comme le corail; mais elle est plus poreuse, et d'une couleur grisâtre. Les Nègres s'en frottent la peau pour la nettoyer. On trouve aussi de l'ambre gris autour de Bona-Vista; mais il faut se garder de l'artifice des insulaires, qui ont trouvé le secret de l'altérer ou de le contrefaire avec une sorte de gelée ou d'excrément que là mer jette sur leurs côtes. Ainsi partout la fraude habite avec le commerce.

Toute l'île est fort sèche, et généralement stérile, même dans les meilleurs cantons. La terre n'est qu'une sorte de sable ou de pierre calcinée, sans aucune apparence d'eau qui puisse l'humecter, excepté dans la saison des pluies, qui s'écoulent aussi rapidement qu'elles tombent.

On y voit cependant des bestiaux, du blé, des ignames, des patates et quelques lataniers. Les principaux fruits de l'île sont les figues, les melons d'eau; mais Dampier dit que les figuiers y ont si peu d'écorce, que le fruit en devient fort insipide. Les Nègres s'y nourrissent de citrouilles et d'une sorte de légumes semblables aux fèves qu'ils nomment callavance.

Le coton est beaucoup moins abondant à Mayo qu'à Bona-Vista; mais on y voit une sorte de soie de coton qui croît sur les coteaux sablonneux des salines, sur un arbrisseau fort tendre, de trois ou quatre pieds de hauteur, dans une cosse de la grosseur d'une pomme. Lorsqu'elle est parvenue à sa maturité, la cosse s'ouvre d'elle-même et se partage insensiblement en quatre quartiers. Cette soie n'est pas plus précieuse que l'autre, et ne sert qu'à couvrir des oreillers et d'autres coussins. L'auteur, ayant mis quelques-unes de ces cosses dans une armoire avant qu'elles fussent tout-à-fait mûres, fut surpris de les voir s'ouvrir et jeter leur coton en deux ou trois jours. Il en lia d'autres assez fort pour les empêcher de s'ouvrir; les ayant un peu desserrées quelques jours après, le coton se fit un passage pour en sortir par degrés comme la pulpe sort d'une pomme qu'on fait rôtir. Dampier trouva dans la suite du coton de la même espèce à Timor, aux Indes orientales, où le temps de sa maturité est le mois de novembre. Il n'en a vu dans aucun autre lieu.

Le même auteur assure qu'il y a plusieurs sortes de petits et de grands oiseaux dans l'île de Mayo, telles que des pigeons, des tourterelles; des maïnates qui sont de la grosseur du corbeau et de couleur grise; des coracias, autre sorte d'oiseaux gris, de la grosseur du corbeau, qui ne paraissent que pendant la nuit, et qui servent de remède contre la consomption, mais qu'on ne mange que dans cette maladie; des rabekes, espèce de hérons gris, qui font une bonne nourriture; des corlieus, des pintades. Elles sont plus grosses que les poules d'Angleterre, ont de longues jambes qui leur servent à courir assez vite, et de courtes ailes, qui ne leur permettent pas de voler bien loin. Elles sont si fortes, qu'un homme aurait peine à les tenir. Leur bec est épais, mais tranchant, leur cou long et mince, et leur tête fort petite pour la grosseur du corps. Le mâle a sur la tête une sorte de petite crête de la couleur d'une noix sèche et fort dure. Des deux côtés, on lui voit une espèce d'oreille ou d'ouïe rouge. Mais la poule n'a aucun de ces ornemens. Le plumage des pintades est tacheté fort régulièrement de gris-clair et foncé. Elles se nourrissent de vers ou de cigales, qui sont en abondance dans l'île de Mayo. Leur chair est douce, tendre et fort agréable. Les unes l'ont blanche, d'autres noire; mais les deux espèces sont également bonnes. Les habitans n'emploient que des chiens pour les prendre; et cette chasse est d'autant plus aisée, qu'outre la pesanteur de leur vol, elles sont ordinairement deux ou trois cents dans une seule bande. Si on les prend jeunes, elles s'apprivoisent autant que les poules.

Quoique le poisson ne soit pas dans la même abondance à Mayo qu'à Bona-Vista, le dauphin, la bonite, le mulet, le poisson d'argent, etc., ne manquent pas dans la baie. On observe même que la mer a peu de lieux plus favorables pour le filet. D'un seul coup, on peut amener au rivage des douzaines de grands poissons, la plupart d'un pied et demi ou deux pieds de longueur. Il s'y trouve aussi des tortues; et chaque jour on y voit paraître quelques petites baleines.

L'indigo et l'ambre gris ne sont pas inconnus dans l'île de Mayo, quoique l'un et l'autre y soient rares. Les insulaires salent la chair des chèvres, et la transportent dans des tonneaux; ils préparent les peaux avec beaucoup de propreté. Dampier assure qu'ils en vendent tous les ans plus de cinq mille.

Mais leur principale richesse est le sel. L'île de Mayo est la plus célèbre de celles du cap Vert pour cette utile marchandise, dont les Anglais viennent charger annuellement plusieurs vaisseaux. Le temps de leur cargaison est ordinairement l'été.

Dampier a décrit la manière de faire et de charger le sel, avec un détail plus exact qu'on ne le trouve dans aucun autre voyageur. À l'ouest, c'est-à-dire dans la partie de l'île où la rade est située, la nature a formé une grande baie, qui est traversée par un banc de sable, large seulement d'environ quarante pas, mais long de deux ou trois milles. Entre ce banc et les collines sur la côte on voit une saline, ou un étang de sel, d'environ deux milles de longueur sur un demi-mille de largeur. La moitié de cet espace est presque toujours à sec; mais la partie qui est au nord ne manque jamais d'eau. C'est dans cette dernière partie que, depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mai, c'est-à-dire dans toute la saison de la sécheresse, on trouve toujours du sel. L'eau dont il se forme est amenée de la mer par de petits aquéducs pratiqués dans le banc de sable. Cette opération ne se fait qu'aux marées vives, et remplit plus ou moins la saline, suivant la hauteur de la marée. S'il s'y trouve déjà du sel lorsque l'eau de la mer y est introduite, il se dissout aussitôt; mais deux ou trois jours suffisent pour renouveler la cristallisation, et l'on recommence la même chose chaque fois qu'on emporte le sel et que l'étang se vide.

En 1722, l'île n'avait pas plus de deux cents habitans, presque tous nègres, ou du moins avec beaucoup moins de mulâtres et de blancs que les autres îles.