San-Iago est la plus grande de toutes les îles du cap Vert. Sa longueur est de vingt lieues. Elle est remplie de montagnes hautes et désertes; mais toute la partie basse, nommée Campo, où les Portugais formèrent leur premier établissement, est non-seulement très-agréable, mais encore très-fertile et arrosée par un grand nombre de ruisseaux.

L'île de San-Iago, ayant beaucoup d'eau fraîche, ne peut manquer d'excellens pâturages. Ses animaux les plus considérables sont les bœufs et les vaches, qui sont en grand nombre. Les chevaux, les ânes, les mulets, les chèvres et les porcs n'y sont pas en moindre abondance.

Sir Richard Hawkins dit qu'on y trouve des civettes, et qu'il n'a vu nulle part des singes d'une aussi belle proportion. Roberts assure que, de toutes les îles du cap Vert, celle de San-Iago est la seule qui produise des singes, et qu'il y en a dans toutes ses parties. Ils ont le visage noir et la queue fort longue.

Cette île produit en abondance du maïs, du millet, des bananes, des courges, des oranges, des citrons, des tamarins, des ananas, des melons d'eau. Le coco, la goyave et la canne à sucre n'y croissent pas moins abondamment. On fait peu de sucre dans l'île, et l'on s'y contente de la mélasse. La vigne n'y vient pas mal, et l'auteur est persuadé qu'avec un peu de culture on y ferait de fort bon vin, si le roi de Portugal ne s'y opposait par des raisons d'état. Owington dit qu'il y a peu de vignes à San-Iago, et que le vin qu'on y boit vient de Madère. Dampier prétend qu'il vient de Lisbonne. Le même auteur met le cèdre au nombre des arbres de l'île, et nous apprend que les herbes et toutes les plantes de l'Europe y croissent fort bien, mais qu'elles demandent d'être renouvelées tous les ans.

Le coton y croît aussi, et reçoit plus de culture que dans les autres îles, puisque Dampier assure que les habitans en recueillent assez pour se faire des habits, et pour en faire passer une grande quantité au Brésil.

Il dit aussi que la rivière de San-Iago prend sa source à deux milles de la ville, et se décharge dans la mer par une embouchure qui peut avoir une portée d'arc de largeur.

Dampier donne à la ville deux ou trois cents maisons, toutes bâties de pierre brute, avec un couvent et une église. Philips ne fait pas monter le nombre des maisons au delà de deux cents; mais il compte deux couvens, l'un d'hommes, et l'autre de filles, avec une grande église près du château. Cette église est apparemment la cathédrale, que Roberts nous représente comme un fort bel édifice. Il nomme un couvent de cordeliers, en faisant remarquer qu'ils sont presque les seuls dans l'île qui mangent du pain frais, parce qu'ils reçoivent tous les ans de Lisbonne une provision de farine. Ils ont un des plus beaux jardins du monde, et rempli des meilleurs fruits. Un petit bras de rivière, qu'ils ont eu la permission de détourner, leur fournit continuellement de l'eau pour la fraîcheur de leurs parterres et pour les commodités de leur maison. Après l'église cathédrale, il n'y a pas d'édifice dans la ville et au dehors qui approche de la beauté de leur couvent. La maison du gouverneur est dans un lieu élevé, d'où il a tellement la vue de toutes les autres, que leur sommet est de niveau avec les fondemens de la sienne. S'il faut juger de tous ces bâtimens par la description que le docteur Fryer nous fait de ceux qu'il a vus, ils n'ont qu'un étage; ils sont couverts de branches et de feuilles de cocotier; les fenêtres sont de bois, et les murs de pierres liées avec de la vase: «Leur grandeur, dit-il, n'est que d'environ quatre aunes, dont la moitié est occupée par la porte.» L'ameublement répond à la grandeur et à la forme.

Suivant le capitaine Philips, la plus grande partie des habitans de la ville est composée de Portugais; mais, dans le reste de l'île, le nombre des Nègres l'emporte de vingt pour un. Fryer dit que les naturels du pays sont d'un beau noir; qu'ils ont les cheveux frisés, qu'ils sont de belle taille, mais si voleurs et si effrontés, qu'ils regardent un étranger en face tandis qu'ils coupent quelque morceau de son habit ou qu'ils lui prennent sa bourse. Leur habillement, comme leur langage, est une mauvaise imitation des Portugais. Celui qui peut se procurer un vieux chapeau garni d'un nœud de rubans, un habit déchiré, une paire de manchettes blanches et des hauts-de-chausses, avec une longue épée, quoique sans bas et sans souliers, marche d'un air fier en se contemplant; il ne se donnerait pas pour le premier seigneur du Portugal.

Tous les voyageurs conviennent que rien ne se vend si bien dans cette île que les vieux habits. Owington dit que c'est la marchandise la plus courante, et celle dont la vanité des habitans n'est jamais rassasiée. Aux vieux habits Cornwal ajoute les couteaux et les ciseaux, qui rapportent plus de profit que l'argent comptant. Beckman a vu les habitans de San-Iago accourir au port, avec leur volaille et ce qu'ils ont de meilleur, disputer entre eux la préférence pour un couteau de deux sous, et pleurer de chagrin en le voyant donner à celui dont les Anglais agréaient la marchandise. Autrefois ils avaient chez eux un célèbre marché d'esclaves, qui étaient transportés immédiatement de là aux Inades occidentales; mais ce commerce a pris un autre cours.

À cinq lieues au sud-est de la ville de San-Iago, au fond d'une baie, est la ville de Praya, ou Playa, qui signifie, dans la langue portugaise, grève ou rivage; c'est un des ports de l'île.