L'arbre du girofle ressemble beaucoup au laurier par la grandeur et par la forme des feuilles; mais la tête est plus épaisse, et les feuilles sont un peu plus étroites. Le goût du clou se trouve dans les feuilles, et jusque dans le bois. Les branches, qui sont en grand nombre, jettent une quantité prodigieuse de fleurs, dont chacune produit son clou. Les fleurs sont, d'abord blanches; ensuite elles deviennent vertes, puis rouges et assez dures. C'est alors qu'elles sont proprement clous. En séchant, les clous prennent une autre couleur, qui est un brun jaunâtre. Lorsqu'ils sont cueillis, ils deviennent d'un noir de fumée. Ils ne se cueillent pas avec la main comme les autres fruits: on attache une corde à la branche qu'on secoue avec force, ce qui ne se fait pas sans fatiguer les arbres; mais ils en deviennent plus fertiles l'année d'après. Cependant quelques-uns les battent avec des gaules, après avoir nettoyé soigneusement l'espace qui est dessous.

Les clous pendent aux arbres par de petites queues, auxquelles la plupart tiennent encore lorsqu'ils sont tombés: on les vend même avec ces queues; car les insulaires ramassent tout ensemble et ne se donnent pas la peine de les trier, mais ceux qui les achètent prennent celle de les nettoyer pour les transporter en Europe. Les clous qui restent aux arbres portent le nom de mères, y demeurent jusqu'à l'année suivante, et passent pour les meilleurs, parce qu'ils sont plus forts et mieux nourris. Les Javanais du moins les préfèrent aux autres; mais les Hollandais prennent par choix les plus petits. On ne plante point de girofliers. Les clous qui tombent et qui se répandent en divers endroits les reproduisent assez; et les pluies fréquentes hâtent si fort leur accroissement, qu'ils donnent du fruit dès la huitième année. Ils durent cent ans. Quelques-uns prétendent qu'ils ne croissent pas bien lorsqu'ils sont plantés trop près de la mer, et qu'ils viennent également dans toutes ces îles, sur les montagnes comme dans les vallées. Les clous mûrissent depuis la fin du mois d'août jusqu'au commencement de janvier.

On lit dans les mémoires portugais que les pigeons ramiers, qui sont en grand nombre dans l'île de Gilolo, mangent le reste des clous qui vieillissent sur les arbres; et que, les rendant avec leur fiente, il en renaît d'autres girofles; raison qui les fait multiplier partout, et qui s'opposera toujours aux efforts qu'on pourrait faire pour les détruire. Ils rapportent aussi qu'après la conquête des Portugais, les rois des Moluques, indignés de l'insolence et de la cruauté de leurs vainqueurs, ne trouvèrent pas d'autres moyen, pour s'en délivrer, que de détruire les funestes richesses qui les exposaient à cette tyrannie. Le désespoir leur mit le feu à la main pour brûler tous les girofliers; mais cet incendie répondit si mal à leurs vues, qu'au lieu de répandre une éternelle stérilité dans leurs îles, il en augmenta beaucoup la fertilité. En effet, l'expérience a fait connaître que la cendre mêlée à la terre est capable de l'engraisser. Dans plusieurs endroits de l'Europe, on brûle le chaume sur les terres stériles, et l'on embrase de grandes campagnes pour les rendre plus fécondes.

On confit aux Indes le clou de girofle dans le sucre, ou dans le sel et le vinaigre. Quantité de femmes indiennes ont l'habitude de mâcher du clou pour donner plus de douceur à leur haleine; mais les excellentes qualités du girofle sont d'ailleurs assez connues. Nous avons parlé plus haut du sagou.

Le muscadier est un bel arbre haut de trente pieds, remarquable par le beau vert de son feuillage et par la disposition de ses branches; quand il végète avec force, il pousse une grande quantité de rameaux grêles qui lui forment une tête bien arrondie et extrêmement touffue. Les fleurs naissent en petites grappes le long des petits rameaux; elles sont jaunes et petites. Un même arbre ne porte que des fleurs ou fécondes ou stériles, c'est-à-dire femelles ou mâles. Cet arbre est continuellement en fleur et en fruit de tout âge. Il commence à rapporter à l'âge de sept ou huit ans. Le fruit qui succède à la fleur femelle ne parvient à l'état de maturité que neuf mois après l'épanouissement de cette fleur. Il ressemble alors à un pêche-brugnon de couleur moyenne. Le brou qui enveloppe la noix a la chair d'une saveur si âcre et si astringente, qu'on ne saurait le manger cru et sans apprêt. On le confit, on en fait des compotes et de la marmelade. L'usage de la noix muscade est suffisamment connu. En faisant des entailles dans l'écorce du muscadier, en coupant une branche, ou en détachant une feuille, il en sort un suc visqueux assez abondant, d'un rouge pâle, et qui teint le linge d'une manière durable. Le bois du muscadier est blanc, poreux, filandreux, d'une extrême légèreté. On peut en faire de petits meubles: il n'a aucune odeur.

Le tabac croît en abondance aux Moluques; mais il n'égale pas en bonté celui des Indes orientales, quoique les fruits communs y soient les mêmes, et qu'ils n'aient rien d'inférieur.

On y trouve de ces grands serpens qui ont plus de trente pieds de long, et dont on a déjà parlé.

On remarque que les crocodiles, fort différens de ceux des autres lieux pour la voracité, ne sont dangereux que sur terre; et que dans la mer, au contraire, ils sont si lâches et si engourdis, qu'ils se laissent prendre aisément.

Tous les voyageurs parlent avec admiration de la facilité que les perroquets des Moluques ont à répéter tout ce qu'ils entendent; leurs couleurs sont variées, et forment un mélange agréable; ils crient beaucoup et fort haut. On assure que, dans les temps qu'on y formait la ligue qui en chassa les Portugais, un perroquet, volant dans l'air, cria d'une voix très-forte, je meurs, je meurs, et que, battant en même temps des ailes, il tomba mort. Voilà un présage à opposer au vol des oiseaux chez les anciens; mais on peut croire au babil des perroquets des Moluques sans croire à ceux des historiens. Un Hollandais avait un perroquet qui contrefaisait sur-le-champ tous les cris des autres animaux qu'il entendait.

L'île de Ternate a quantité d'oiseaux de paradis, que les Portugais nomment paxaros del sol ou oiseaux du soleil. Les habitans leur donnent le nom de manucodiata, qui signifie oiseau des dieux. Autrefois on racontait fort sérieusement, et plusieurs auteurs l'ont répété, que ces oiseaux vivent de l'air, qu'ils ne viennent jamais à terre, qu'ils n'ont pas de pieds, et qu'ils se reposent en se suspendant aux arbres par les longs filets de leur queue. Telle est l'idée d'après laquelle plusieurs naturalistes anciens les représentent; elle venait de l'usage établi parmi ceux qui les prennent de leur ôter les pieds, et de ne leur laisser que la tête, le corps et la queue, qui est composée de plumes admirables. Ils les font sécher ensuite au soleil, ce qui fait disparaître toutes les traces des pieds. Ces absurdités étaient d'autant plus accréditées, que l'origine et le genre de vie de ces oiseaux étaient totalement ignorés. L'on ne se borna pas aux merveilles que leur attribuaient les insulaires de Ternate; les marchands, pour leur donner plus de valeur, en ajoutèrent de nouvelles. Enfin le préjugé prit une telle force, que le premier qui soutint que ces oiseaux avaient des pieds et étaient conformés comme les autres, fut traité d'imposteur. Il est reconnu aujourd'hui qu'ils ont des pieds. Les uns ne fréquentent que les buissons, d'autres se tiennent dans les forêts, nichent sur les arbres élevés, mais évitent de se percher à la cime, surtout dans les grands vents, qui, en jetant le désordre dans leurs faisceaux de plumes, les font tomber à terre. Dans la saison des muscades, l'on voit ces oiseaux voler en troupes nombreuses, comme font les grives à l'époque des vendanges; mais ils ne s'éloignent guère. L'archipel des Moluques et la Nouvelle-Guinée bornent leurs plus longs voyages.