Tout le terrain de l'île est inégal, c'est-à-dire coupé par des montagnes et de petites vallées. Une chaîne de hautes montagnes la traverse presque d'un bout à l'autre. Elle est assez bien arrosée, dans les temps même de la sécheresse, par quantité de ruisseaux et de fontaines; mais elle n'a point de grandes rivières, parce qu'étant fort étroite, les sources qui tombent de l'un ou de l'autre côté des montagnes ont peu de chemin à faire jusqu'à la mer. Dans la saison pluvieuse, les vallées et les terres basses sont couvertes d'eau. Alors les ruisseaux paraissent autant de grosses rivières, et les moindres cascades se changent en torrens impétueux. Vers le rivage, la terre est presque généralement sablonneuse, quoique assez fertile et couverte de bois. Les montagnes sont remplies de forêts et de savanes. Dans quelques-unes on ne voit que des arbres hauts, frais et verdoyans; dans la plupart des autres, ils paraissent tortus, secs et flétris, et les savanes sont pierreuses et stériles; mais plusieurs de ces montagnes sont riches en or et en cuivre. Les pluies entraînent l'or dans les ruisseaux, où les insulaires le pêchent. Dampier ne put être informé comment ils tirent le cuivre.

Il s'attacha particulièrement à connaître les arbres de l'île, qui en produit un grand nombre qui lui étaient inconnus, et pour lesquels il ne se fit pas un vain honneur d'inventer des noms; mais il vit des mangles blanches, rouges et noires. Il vit le mahot, l'arbre à calebasse, qui est ici rempli de piquans; et qui s'élève fort haut, en diminuant vers la pointe, au lieu que dans les Indes occidentales il est bas, et ses branches s'étendent beaucoup en dehors; le cotonnier, qui n'est pas fort gros à Timor, mais qui est plus dur que celui de l'Amérique.

Le cassier, qui est ici fort commun, a la grosseur de nos pommiers ordinaires; mais ses branches ne sont ni épaisses ni garnies de feuilles. Cet arbre fleurit, à Timor, pendant les mois d'octobre et de novembre. Ses fleurs ressemblent beaucoup à celles de nos pommiers, et sont presque aussi grandes. Elles sont d'abord rouges; mais, lorsqu'elles sont tout-à-fait épanouies, elles deviennent blanches, et jettent une odeur agréable. Le fruit, dans sa maturité, est rond, gros d'un pouce, long d'environ deux pieds, et d'un brun foncé qui tire sur le rouge. Les cellules du milieu sont entre elles à la même distance que celles du même fruit qu'on apporte en Angleterre. On y trouve, aussi une petite semence plate. En un mot, il paraît de la même nature: cependant l'observateur demeura incertain si c'est le véritable cassier, parce qu'il n'y trouva point de pulpe noire.

Il vit des figuiers sauvages moins gros que ceux de l'Amérique, et dont les figues ne croissent point à part sur les branches, mais viennent par bouquets de quarante ou cinquante, autour du corps de l'arbre et de ses grosses branches, depuis la racine jusqu'au sommet.

Entre quantité d'arbres qui peuvent servir à toutes sortes d'usages, on trouve à Timor le sandal, dont les plus hauts ressemblent beaucoup au pin. Ils ont la tige droite et unie; mais ils ne sont pas fort épais. Le bois en est dur, pesant et rougeâtre, surtout vers le cœur. On voit ici trois ou quatre sortes de palmiers que Dampier n'avait vus dans aucun autre lieu. Les troncs de la première espèce ont sept ou huit pieds de circonférence, et jusqu'à quatre-vingt-dix de hauteur. Leurs branches croissent vers le sommet, comme celles du cocotier, et leur fruit ressemble aux cocos; mais il est plus petit, de figure ovale, à peu près de la grosseur d'un œuf de cane. La coquille en est noire et dure avant sa maturité. Il est rempli d'une chair si dure, qu'on ne saurait le manger; et comme il a un petit vide au milieu, on y trouve cette eau ou ce petit-lait qui fait rechercher les cocos.

Les fruits de Timor sont les mêmes que dans la plupart des autres contrées des Indes; mais il paraît que les insulaires en doivent une bonne partie aux Portugais et aux Hollandais qui les y ont transplantés. Dampier y trouva une herbe sauvage qui se nomme calalou[13] en Amérique, et qui ne lui parut pas moins agréable et moins saine que les épinards. L'île produit naturellement du pourpier, du fenouil marin et d'autres herbes connues des Européens. Le blé d'Inde y croît avec peu de culture. C'est la nourriture commune des habitans; mais les Portugais et leurs voisins sèment un peu de riz.

Dampier ne vit des bœufs et des vaches qu'aux environs du fort Concordia. L'île est peuplée de singe et de serpens: on y trouve un grand nombre de serpens jaunes, de la grosseur du bras et longs de quatre pieds; mais les plus dangereux ne sont pas plus gros que le tuyau d'une pipe; leur longueur est de cinq pieds; ils sont verts par tout le corps; ils ont la tête rouge, plate et de la grosseur du pouce.

Entre les volatiles, on distingue l'oiseau à répétition, ainsi nommé, parce qu'il chante six notes deux fois de suite, et que, les commençant d'une voix haute et perçante, il les finit d'un ton assez bas. Sa grosseur est celle d'une alouette; il a le bec petit, noir et pointu; les ailes bleues; la tête et le jabot d'un rouge pâle, et une raie bleue autour du cou.

Dans le nombre infini de poissons que l'on pêche à Timor on remarque les mangeurs d'huîtres; ils ont dans le gosier deux os fort épais, durs et plats, avec lesquels ils cassent la coquille pour avaler ensuite le poisson qu'elle renferme: aussi trouve-t-on toujours dans leur estomac quantité de ces coquilles en pièces.

Au nord-ouest des Moluques est située l'île Célèbes dont la forme est singulièrement irrégulière, tant elle est découpée profondément par plusieurs golfes. Nous rassemblerons les observations dispersées d'un grand nombre de voyageurs, surtout celles des Hollandais, qui possèdent dans cette île un fort et un excellent comptoir, fondé sur les ruines de l'ancien établissement portugais. C'est d'après eux qu'on s'est accoutumé à l'appeler indifféremment Célèbes ou Macassar, du nom de sa principale ville et du plus puissant de ses états.