Aussitôt la flotte victorieuse s'avança vers la capitale du royaume, qui n'est éloignée que de cinq ou six lieues du port. Elle est située un peu au-dessus de l'embouchure de la rivière, dans un canton très-agréable, mais qui n'a rien d'avantageux pour sa défense; aussi fut-elle attaquée par mer et par terre. Les Hollandais ne laissèrent pas d'y trouver plus de résistance qu'ils ne s'y étaient attendus. Le roi, qui était exercé à la guerre depuis sa première jeunesse, s'y défendit avec autant de jugement que de courage. Daen-ma-allé, son frère, se distingua par des actions si surprenantes, que les Hollandais en conçurent une jalousie qui leur fit jurer sa perte. Mais enfin la ruine des principaux appartemens du palais, de l'arsenal et de la meilleure partie des murailles de la ville, qu'une mine fit sauter en l'air, sans que les Macassarois, à qui cette espèce d'attaque était inconnue, pussent en deviner la cause, jeta le roi dans une si vive alarme, qu'il fit demander la paix. Il ne put obtenir qu'une suspension d'armes, pendant laquelle on convint des conditions suivants:

«Que la ville, la forteresse et le port de Iopandam demeureraient en propriété à la compagnie hollandaise avec leurs dépendances, qui furent étendues par les vainqueurs à trois ou quatre lieues dans les terres, et que le roi renoncerait à tous ses droits sur ces trois possessions pour lui et ses successeurs.

»Que les jésuites seraient chassés du royaume, tous leurs biens confisqués au profit de la compagnie, pour la dédommager des frais d'une ambassade qu'on les accusait d'avoir fait manquer à la cour de la Chine; leurs maisons rasées et leurs églises démolies.

»Que les Portugais seraient privés des gouvernemens, des charges et des dignités dont il avait plu au roi de les honorer; leurs magasins fermés et leurs fortifications détruites: qu'ils sortiraient incessamment du royaume, s'ils n'aimaient mieux y demeurer, à condition de n'y faire aucun commerce; et que, pour leur en ôter tous les moyens, ils seraient relégués dans quelque village éloigné des villes.

»Que le roi ferait partir incessamment un ambassadeur pour Batavia, avec des présens proportionnés à ses richesses, pour obtenir du conseil la ratification du traité.

»Que les Hollandais s'obligeraient, de leur part, aussi long-temps que le roi et ses successeurs seraient fidèles à leurs promesses, de ne leur causer aucun trouble dans la possession de ses états; d'entrer dans tous leurs intérêts, et de les assister dans leurs guerres étrangères ou domestiques; de continuer le commerce qu'ils avaient commencé avec leurs sujets, c'est-à-dire de vendre ou d'acheter d'eux, au prix ordinaire, les marchandises qu'ils apporteraient ou qu'ils trouveraient dans le port.»

Daen-ma-allé refusa de signer un traité qui lui parut humiliant pour sa patrie; mais le roi n'en accepta pas moins toutes les conditions, et nomma un des principaux seigneurs de sa cour pour le porter à Batavia, avec deux cents pains d'or et d'autres présens de la même richesse. Après la ratification, les jésuites et la plus grande partie des Portugais sortirent du royaume. Ceux que la pauvreté ou d'autres raisons obligèrent d'y rester, se virent honteusement relégués dans un village nommé Borobassou, où ils mènent encore une vie obscure et languissante.

Depuis cette révolution, les Hollandais ont satisfait assez fidèlement aux lois qu'ils se sont imposées. Ils sont attachés à leurs engagemens par l'avantage qu'ils trouvent continuellement dans le commerce de l'île, et par la crainte de perdre un des meilleurs ports des Indes. Daen-ma-allé périt dans la suite à Siam.

CHAPITRE X.