La taupe dorée n'a que quatre pouces et demi de longueur; tout son corps est couvert de poils, dont la base est brune et l'extrémité d'un vert brillant, qui produit de beaux reflets métalliques lorsque l'animal se remue. Ses yeux sont si petits, qu'on ne peut les apercevoir.
Le rat nain se trouve dans les forêts. Sa couleur est d'un brun cendre clair; il n'a que deux pouces de longueur.
Le sanglier d'Éthiopie a une physionomie singulière, mais hideuse; sa hure, au lieu de se terminer en pointe comme celle du sanglier d'Europe, est au contraire fort large, aplatie, et coupée carrément en boutoir: ses petits yeux sont placés à fleur de tête, et presque au haut de son front carré. Ses oreilles, appliquées contre le cou qui est très-court, sont cachées dans les poils; mais une peau cartilagineuse et fort épaisse, de trois pouces en longueur et en largeur, s'élève de chaque côté sur ses joues, comme une seconde paire d'oreilles, et contribue à rendre son aspect effrayant. Au-dessous de ces excroissances singulières est une protubérance osseuse longue d'un pouce, qui sert à l'animal pour frapper de droite et de gauche: il est armé en outre de quatre longues défenses dont les deux supérieures ont jusqu'à sept à huit pouces de long; elles sont crénelées et se recourbent en haut tout en sortant des lèvres; les défenses d'en bas, beaucoup plus petites, s'appliquent si exactement contre les grandes, quand la bouche est fermée, qu'elles ne paraissent former qu'une seule dent. Une énorme crinière couvre le cou et les épaules; les soies qui la composent ont jusqu'à seize pouces de hauteur, et elles sont rousses, brunes et grisâtres. Dans le reste, cet animal ressemble au sanglier d'Europe. Quoique très-massif, il n'en est pas moins agile; il court avec beaucoup de légèreté, et la forme de son groin ne l'empêche pas de fouir très-lestement la terre pour en tirer les racines dont il se nourrit. Sa férocité égale sa laideur, et la force de ses armes le rend très-dangereux.
La girafe est un grand animal qui a jusqu'à dix-huit pieds de haut. Son cou et ses jambes sont fort élevées, celles de devant surtout; ce qui le fait paraître disproportionné parce qu'il a la partie antérieure du dos plus haute que la croupe. Ses cornes ne tombent pas, et sont toujours revêtues de la peau, dont les poils y sont même plus longs qu'ailleurs. La girafe est blanchâtre, tout son corps est parsemé de taches fauves. Elle se nourrit de feuilles d'arbres, et est d'un naturel très-doux.
Le zèbre, ou âne sauvage du Cap, est un des animaux les plus beaux, les mieux faits, et les plus vifs qu'on ait jamais vus. Il est, en général, plus petit que le cheval, et plus grand que l'âne; ses jambes sont menues et bien proportionnées; son poil est doux et lisse. On voit régner au long de son dos, depuis les crins du cou jusqu'à la queue, une raie noire, d'où partent de chaque côté d'autres raies blanches et brunes, qui se rencontrent en cercle autour du ventre, et dont les couleurs se perdent agréablement l'une dans l'autre. La tête, les oreilles, la queue et les crins du cou sont rayés aussi de mêmes couleurs. Cet animal est si léger, qu'il n'y a point de cheval qui puisse le suivre du même pas. Toutes ces qualités, jointes à la difficulté de le prendre, en font monter le prix fort haut. Tellez, voyageur portugais, raconte que le grand-mogol en acheta un deux mille ducats. On lit dans Navendorf, auteur hollandais, que, le gouverneur de Batavia en ayant envoyé un à l'empereur du Japon, après l'avoir reçu d'un ambassadeur abyssin, ce monarque fit présent à la compagnie de mille taëls d'argent et de trente-neuf robes qui furent évaluées à cent soixante mille écus. Kolbe rencontra souvent des troupes de ces zèbres dans les pays du Cap. Cet animal se trouve aussi au Congo et dans d'autres régions de l'Afrique. Le couagga est beaucoup plus petit que le zèbre, auquel il ressemble d'ailleurs, quoiqu'il n'ait de raies que sur le cou et à la partie antérieure du corps; le fond de son poil est brun. Ces deux espèces d'animaux marchent en troupes, quelquefois au nombre de plus de cent. Le zèbre est presque indomptable, au lieu que les colons du Cap attellent les couaggas à leurs voitures.
Parmi les antilopes on remarque le canna, auquel sa grande taille a fait donner le nom d'élan, et le gnou, qui est d'un naturel extrêmement sauvage, aussi farouche et aussi méchant que le buffle.
Les singes sont en fort grand nombre, et aussi malicieux que ceux que l'on a décrits en parlant des autres parties de l'Afrique. On les voit souvent descendre des montagnes pour venir piller les jardins. Ils ne dédaignent pas la chair, les œufs, les poissons, les insectes, et s'apprivoisent difficilement.
On peut ranger l'oryctérope parmi les animaux les plus singuliers de cette contrée. Au premier coup d'œil, il présente quelque ressemblance avec le cochon; mais sa queue est d'un tiers plus longue que son corps, et, fort grosse dès son origine, elle va en diminuant jusqu'à son extrémité: ses jambes sont très-grosses, ses pieds armés d'ongles forts; sa langue a jusqu'à seize pouces de long. «Lorsqu'il a faim, dit Kolbe, qui le décrit sous le nom de cochon de terre, il va chercher une fourmilière. Dès qu'il a fait cette bonne trouvaille, il regarde tout autour de lui, pour voir si tout est tranquille, et s'il n'y a point de danger; il ne mange jamais sans avoir pris cette précaution: alors il se couche, et, plaçant son groin tout près de la fourmilière, il tire la langue tant qu'il peut: les fourmis montent dessus en foule: dès qu'elle en est bien couverte, il la retire et les gobe toutes. Ce jeu recommence jusqu'à ce qu'il soit rassasié.» Il attaque aussi les retraites souterraines des termés, dont il brise les voûtes avec ses grands ongles; il s'en sert aussi pour se creuser un terrier; il y travaille avec beaucoup de vivacité et de promptitude; et s'il a seulement la tête et les pieds de devant dans la terre, il s'y cramponne tellement, au rapport de Kolbe, que l'homme le plus robuste ne saurait l'en arracher.
Le climat et le terroir du Cap produisent un grand nombre de serpens de quantité d'espèces différentes, dont la description n'aurait rien d'utile ni d'amusant.
Les serpens ont pour ennemi dans ce pays le secrétaire, oiseau de trois pieds de hauteur, qui a le bec robuste comme celui d'un aigle, et de longues jambes comme celles des grues. Lorsqu'il rencontre ou découvre un serpent, il l'attaque d'abord à coups d'ailes pour le fatiguer; il le saisit ensuite par la queue, l'enlève à une grande hauteur en l'air, et le laisse retomber, ce qu'il répète jusqu'à ce que le serpent soit mort. Lorsqu'on l'inquiète, il fait entendre un croassement sourd. Il n'est ni dangereux ni méchant; son naturel est doux; il s'apprivoise aisément, devient familier et paraît aimer la paix; car s'il voit quelque combat parmi les animaux de basse-cour, il accourt aussitôt pour les séparer. Aussi les habitans du cap de Bonne-Espérance en élèvent-ils parmi leur, volaille pour maintenir la paix et détruire les lézards, les serpens, les rats, les sauterelles et toutes sortes d'insectes. Comme il marche ordinairement à grands pas de côté et d'autre, et long-temps sans se ralentir ou s'arrêter, on lui a aussi donné le nom de messager. Les Hollandais du Cap l'ont appelé secrétaire, à cause d'une touffe de plumés qu'il porte derrière la tête, parce qu'en Hollande les gens de cabinet, quand ils sont interrompus dans leurs écritures, passent leur plume dans leur perruque derrière l'oreille droite, ce qui a quelque ressemblance avec la huppe de l'oiseau.