Le xolin est un oiseau de la grosseur d'une grive, de couleur noire et cendrée, qui n'a sur la tête, au lieu de plumes, qu'une espèce de couronne ou de crête de chair. Le palomatorcas est à peu près de la même grosseur; son plumage est varié de gris, de vert, de rouge et de blanc, avec une tache fort rouge au milieu de l'estomac; mais sa principale distinction consiste dans son bec et ses pates, qui sont aussi du plus beau rouge. La salangane est commune dans les îles de Calamianes, de Solou, et dans quelques autres; sa grosseur est celle d'une hirondelle. Elle bâtit son nid sur les rochers qui touchent au bord de la mer, et l'attache au rocher même, à peu près comme l'hirondelle attache le sien aux murailles. L'herrero est un oiseau vert de la grosseur d'une poule, auquel la nature a donné un bec si dur, qu'il perce les troncs des plus grands arbres pour y faire son nid. Son nom, qui signifie forgeron, lui vient des Espagnols, pour exprimer le bruit de son travail, qui se fait entendre d'assez loin. On lui attribue la propriété de connaître une herbe qui rompt le fer. Un autre oiseau, nommé colocolo, a celle de nager sous l'eau avec autant de vitesse qu'il vole dans l'air. Ses plumes sont si serrées, qu'elles deviennent sèches aussitôt qu'il les a secouées hors de l'eau. Il est de couleur noire et plus petit que l'aigle; mais son bec, qui n'a pas moins de deux palmes, est si dur et si fort, qu'il prend et qu'il enlève toutes sortes de poissons.

On trouve quantité de paons dans les îles de Calamianes. Au lieu de faisans et de perdrix, les montagnes y fournissent d'excellens coqs sauvages. Les cailles sont de la moitié plus petites que les nôtres; elles, ont le bec et les pieds rouges. Toutes les îles sont remplies d'une sorte d'oiseaux verts qui se nomment volanos, de plusieurs espèces de perroquets, et de cacatoës blancs, dont la tête est ornée d'une touffe de plumes. Les Espagnols avaient porté aux Philippines des dindons qui n'y ont pas multiplié. Ils y suppléent par une poule singulière, qui se nomme camboge, parce qu'elle vient de cette région, et qui a les pieds si court, que ses ailes touchent la terre. Les coqs, au contraire, ont de longues jambes, et ne le cèdent en rien aux coqs d'Inde. On estime une autre sorte de poules qui ont la chair et les os noirs, mais d'excellent goût. Les grosses chauves-souris dont on a déjà parlé sont fort utiles à Mindanao, par la quantité de salpêtre qu'on y tire de leurs excrémens.

À l'égard des poissons, Pline n'en a nommé presque aucun qui ne se trouve dans ces mers: mais elles en ont d'extraordinaires, tels que le dougon, que les Espagnols ont nommé pescemuger. Il ressemble au lamantin: il a le sexe et les mamelles d'une femme; sa chair a le goût de celle du porc. Les poissons qu'on nomme épées ne sont différens des nôtres que par la longueur extraordinaire de leur corne, qui les rend fort dangereux pour les petites barques. Les crocodiles seraient les plus redoutables ennemis des insulaires par leur abondance et leur voracité, si la Providence n'y avait mis comme un double frein qui arrête leur multiplication et leurs ravages. Les femelles sont si fécondes, qu'elles font jusqu'à cinquante petits; mais, lorsqu'ils doivent éclore de leurs œufs, qu'elles font à terre, elles se mettent dans l'endroit par lequel ils doivent passer, et, les avalant l'un après l'autre, elles ne laissent échapper que ceux à qui le hasard fait prendre un autre chemin. On n'a jamais ouvert un de ces monstres dans le ventre duquel on n'ait trouvé des os et des crânes d'hommes. Les Espagnols, comme les Indiens, mangent les petits crocodiles. On trouve quelquefois sous leurs mâchoires de petites vessies pleines d'un excellent musc. Les lacs des îles ont une autre espèce de lézards monstrueux, que les Indiens nomment bouhayas, et qui ne paraissent point différens de ceux que les Portugais ont nommés caïmans. Ils n'ont pas de langue, ce qui leur ôte non-seulement le pouvoir de faire du bruit, mais encore celui d'avaler dans l'eau: aussi ne dévorent-ils leur proie que sur le rivage. Ils seraient les plus redoutables de tous les monstres, s'ils n'avaient une extrême difficulté à se tourner. On croit, à tort, qu'ils ont quatre yeux, deux en haut et deux en bas, avec lesquels on prétend qu'ils aperçoivent dans l'eau toutes les espèces de poissons qui leur servent de proie, quoiqu'à terre ils aient la vue fort courte. On ajoute que le mâle ne peut sortir de l'eau qu'à moitié, et que les femelles vont chercher seules de quoi vivre dans les campagnes voisines de leurs retraites. Carreri semble confirmer cette opinion lorsqu'il assure que les chasseurs ne tuent jamais que des femelles. Il donne pour préservatif éprouvé contre les surprises des bouhayas ou des caïmans le bonga ou nang kauvagan, fruit qui vient, dit-il, d'une sorte de canne, et dont l'odeur apparemment éloigne ces terribles animaux. Mais il affaiblit un peu la confiance qu'il demande pour ce fruit, en assurant qu'il a la même vertu contre les sortiléges.

Les mers de Mindanao et de Solou sont remplies de grandes baleines et de grands phoques. Il se trouve de si grandes huîtres dans ces îles, qu'on se sert de leurs écailles pour abreuver les buffles. Les Chinois en font de très-beaux ouvrages. On y distingue deux sortes de tortues: l'une dont la chair se mange et dont l'écaillé est négligée; l'autre, au contraire, dont on recherche beaucoup l'écaillé, et dont on ne mange point la chair. Les raies y sont d'une grandeur extraordinaire. Leur peau, qui est fort épaisse, se vend aux Japonais pour en faire des fourreaux de cimeterre.

Passons aux fruits qui ne sont connus ou qui n'ont de propriétés remarquables que dans les îles Philippines. On en distingue deux, également estimés des Espagnols et des Indiens: ils croissent naturellement dans les bois. On a déjà vanté le premier, qui se homme santor, et dont on fait d'excellentes confitures dans un pays où le quintal de sucre ne vaut pas un écu. Carreri en donne une exacte description. Il a la figure et même la couleur d'une pêche; mais il est un peu plus plat; son écorce est douce: en l'ouvrant on y trouve cinq pepins aigres et blancs. Il se confit également au sucre et au vinaigre; et, pour troisième propriété, il donne un fort bon goût au potage. L'arbre ressemblerait parfaitement au noyer, s'il n'avait les feuilles plus larges. Elles ont une vertu médicinale, et le bois est excellent pour la sculpture.

L'autre fruit, qui se nomme mabol, est un peu plus gros que le premier, mais cotonneux et de la couleur de l'orange. L'arbre est de la hauteur d'un poirier, chargé de branches et de feuilles qui ressemblent à celles du laurier. Le bois, coupé dans sa saison, approche de la beauté de l'ébène.

On n'a pu faire croître aucun fruit de l'Europe à Manille et dans les autres îles. Les figuiers même, les grenadiers et le raisin muscat qu'on y transporte n'y parviennent jamais à maturité.

Carreri s'étend beaucoup sur une autre espèce d'arbres, qui font le principal revenu des insulaires, et qui leur procurent, dit-il, autant de plaisir que d'utilité. On en distingue jusqu'à quarante espèces, qu'il range toutes sous le nom de palmiers, et dont les principales fournissent les îles de pain. Celle que les Tagales nomment, yoro, et les Montagnards laudau, porte le nom de sagou aux Moluques.

Une autre espèce qui donne du vin et du vinaigre se nomme sasa et nipa. Elle n'est, point assez grande pour mériter le nom d'arbre. Son fruit ressemblerait aux dattes; mais il n'arrive point à sa maturité, parce que les insulaires coupent la branche aussitôt qu'ils voient paraître la fleur. Il en sort une liqueur qu'ils reçoivent dans des vaisseaux, et dont ils tirent Quelquefois dix pintes dans une seule nuit. L'écorce du calinga, qui est une sorte de cannelle, sert à la préparer et l'empêche de s'aigrir. On emploie les feuilles du même palmier à couvrir les maisons, et, cousues avec du fil très-fin, elles durent environ six ans. On en tire aussi du vin de coco et de l'huile qui est fort bonne dans sa fraîcheur. De la première écorce des cocotiers on fait des cordages et du calfat pour les navires. L'écorce intérieure sert à faire des vases et d'autres ustensiles.

Carreri met au nombre des palmiers jusqu'à l'arbre qui produit l'arec, petite noix de la grosseur d'un gland, qui entre avec la chaux dans la composition du bétel. Cet arbre se nomme bonga: ses feuilles sont aussi larges que celles du bourias; le tronc est haut, mince, droit et tout couvert de nœuds. Enfin une quatrième espèce, dont les insulaires tirent beaucoup d'avantages, est celle qu'ils nomment l'yonota. Elle leur fournit une sorte de laine qu'on appelle baios, dont on fait des matelas et des oreillers; du chanvre noir nommé jonor ou gamouto, pour les câbles de navire, et de petits cocos moins bons, à la vérité, que les grands. Ses fils sont de la longueur et de la grosseur du chanvre. Ils sont noirs comme les crins du cheval, et l'on assure qu'ils durent long-temps dans l'eau. La laine et le chanvre s'enlèvent d'autour du tronc. On tire aussi des branches un vin doux, et leurs bouts se mangent tendres. Il n'y a point de palmiers dont les feuilles ne puissent servir à couvrir les maisons ou à faire des chapeaux, des nattes, des voiles pour les navires, et d'autres ouvrages utiles. Ainsi ce n'était pas sans raison que Pline écrivait, il y a seize cents ans, que les pauvres y trouvent de quoi manger, boire, se vêtir et se loger. Nous avons eu déjà plusieurs fois occasion de relever les avantagés de cet arbre, l'un des trésors de la zone torride.