Les plus riches mines du royaume de Mangas sont celles de Massapa, qui portent le nom d'Ofour. On y a trouvé un lingot d'or de douze mille ducats, et un autre de quatre cent mille.

L'or s'y trouve non-seulement entre les pierres, mais encore sous l'écorce de certains arbres, jusqu'au sommet, c'est-à-dire jusqu'à l'endroit où le tronc commence à se diviser en branches. Les mines de Manchika et de Boutoua sont peu inférieures à celles d'Ofour. Le pays en a quantité d'autres, mais moins considérables. Il y a trois foires ou trois marchés, que les Portugais de Tête, château situé sur la rivière de Couama, à cent vingt lieues de la mer, fréquentent pour le commerce de l'or. Le premier, qui se nomme Louane, est à quatre journées dans les terres; le second, nommé Bouento, est plus éloigné; et le troisième, qui s'appelle Massapa, l'est encore plus. Les Portugais se procurent l'or par des échanges, pour des étoffes, des colliers de verre, et d'autres marchandises de peu de valeur. Ils ont à Massapa un officier de leur nation, nommé par le gouverneur de Mozambique, du consentement de l'empereur de Monomotapa, mais avec défense, sous peine de mort, de pénétrer plus loin dans le pays sans une permission. Il y est juge des différens qui s'élèvent entre les Portugais.

Toute la côte de Monomotapa, depuis les rivières de Magnika et de Couama, était autrefois possédée par les Portugais, sous le nom de Sofala, qui est celui d'une ville située entre ces deux rivières. Ils ont encore un fort à l'embouchure de la rivière de Couama; ils font dans toutes ces contrées le commerce de l'or, de l'ivoire, de l'ambre, qui se trouve sur la côte, et celui des esclaves, en donnant pour échange des étoffes de coton et des soies de Cambaye, dont les habitans composent leur parure ordinaire. Les mahométans de Sofala ne sont point originaires du même pays; ce sont des Arabes qui trafiquaient dans de petites barques avant l'arrivée des Portugais.

Lopez représente l'empire de Monomotapa comme un vaste pays dont les habitans sont innombrables. Ils sont noirs et de taille moyenne. Leur courage est célèbre à la guerre, et leur légèreté extrême à la course. La principale nation de ce grand pays, suivant Faria, se nomme les Mokarangis. La maison impériale en tire son origine. Ils sont moins belliqueux que les autres, et n'emploient point d'autres armes que l'arc, les flèches et les javelines. Leur religion n'admet point d'images ni d'idoles. Ils reconnaissent un seul Dieu; ils croient à l'existence d'un diable, qu'ils appellent mouzouko, et qu'ils se représentent fort méchant. Ils sont persuadés que tous leurs empereurs passent de la terre au ciel. Dans cet état de gloire, ils les appellent mouzimos, et les invoquent comme les catholiques prient les saints. N'ayant point de lettres ni d'autres caractères d'écriture, ils conservent la mémoire du passé par de fidèles traditions. Leurs estropiés et leurs aveugles portent le nom de pauvres du roi, parce qu'ils sont entretenus avec beaucoup de charité aux frais de ce prince. Dans leurs voyages, on est obligé de leur fournir des guides d'une ville à l'autre, et de pourvoir à leur subsistance.

L'empereur a plusieurs femmes; mais il n'en a que neuf qui soient honorées du titre de grandes reines: elles sont ou ses sœurs ou ses plus proches parentes. Les autres sont choisies entre les filles des grands. La première se nomme Mazasira. Les Portugais l'appellent leur mère, et lui font quantité de présens, parce qu'elle défend leurs intérêts à la cour.

La plus grande fête du pays est le khouavo, qui se célèbre le premier jour de la lune de mai. Tous les seigneurs, dont le nombre est fort grand, se rassemblent au palais; et, courant la javeline à la main, ils donnent la représentation d'une espèce de combat. Cet amusement dure tout le jour. Ensuite l'empereur disparaît, et passe huit jours sans se faire voir. Dans cet intervalle, les tambours ne cessent de battre. Le dernier jour, ce prince fait donner la mort aux seigneurs pour lesquels il a le moins d'affection. C'est une sorte de sacrifice qu'il fait aux mouzimos ou à ses ancêtres. Les tambours se taisent, et chacun se retire.

Lopez raconte que l'empereur de Monomotapa entretient plusieurs armées dans différentes provinces pour contenir dans le respect et la soumission plusieurs rois ses vassaux, que leur inclination porte souvent à se révolter. Ces troupes sont divisées en légions, suivant l'usage des anciens Romains. Si l'on en croit le même auteur, les plus braves soldats de l'empire sont quelques légions de femmes qui se brûlent la mamelle gauche, comme les anciennes Amazones, pour se servir plus librement de l'arc. Elles n'ont point d'autres armes. Le roi leur accorde certains cantons pour y faire leur demeure. Elles y reçoivent quelquefois des hommes dans la seule vue d'entretenir leur espèce. Les enfans mâles sont renvoyés aux pères, et les filles demeurent sous la conduite de leurs mères, pour apprendre le métier de la guerre à leur exemple. Au surplus, l'intérieur de ce pays, comme celui de tous les empires d'Afrique, est peu connu, et le sera difficilement.

À l'est du continent de l'Afrique on rencontre d'abord, en partant de la pointe la plus orientale, l'île de Socotora, terre nue et stérile, et habitée par les Arabes. Elle est renommée par l'aloès que l'on y recueille; c'est le meilleur que l'on connaisse.

À trois cents lieues au sud de Socotora s'étend une suite de petits archipels désignés jadis sous le nom général d'îles Amirantes, qui est actuellement restreint au groupe le plus occidental. Elles sont petites, bien pourvues d'eau douce, et abondantes en cocotiers. Le groupe le plus oriental a été nommé îles Seychelles, qui sont de même petites et basses. C'est dans l'une d'elles que croît l'espèce de palmier qui produit le fruit nommé coco des Maldives ou de mer, remarquable par sa forme qui présente l'image de deux cuisses, et fameux par les fables que l'on débitait sur son origine.

Une multitude d'îles peu connues et inhabitées sont éparses à l'est des Seychelles, et se prolongent dans cette direction jusqu'au méridien de Ceylan. Un assez grand nombre d'îlots et de récifs lient de même l'archipel des Seychelles à Madagascar, et cette île au continent d'Afrique par le moyen des îles Comores, qui sont au nombre de quatre, et dont il a été question plusieurs fois dans l'Histoire des Voyages. Anjouan, ou Johnana, l'une d'elles, a plusieurs rades commodes. Elle abonde en bestiaux, en volaille, en poisson, en oranges et en citrons. Elle sert souvent de relâche aux bâtimens qui naviguent dans ces mers.