»Il y a présentement quarante ans que notre grand roi vous a accordé la permission de vous établir à Pondichéry: cependant, quoique notre armée se soit approchée de vous, nous n'avons pas reçu une seule lettre de votre part.
»Notre grand roi, persuadé que vous méritiez son amitié, que les Français étaient des gens de parole, et qui jamais n'auraient manqué envers lui, a remis en votre pouvoir une place considérable. Vous êtes convenu de lui payer annuellement un tribut que vous n'avez jamais acquitté. Enfin, après un si long temps, l'armée des Marattes est venue dans ces cantons. Les Maures étaient enflés d'orgueil; nous les avons châtiés. Nous avons tiré de l'argent d'eux. Vous n'êtes pas à savoir cette nouvelle.
»Nous avons ordre de Maha-Radja, notre roi, de nous emparer des forteresses de Trichenapaly et de Gindgy, et d'y mettre garnison. Nous avons ordre aussi de prendre les tributs qui nous sont dus depuis quarante ans par les villes européennes du bord de la mer. Je suis obligé d'obéir à ces ordres. Quand nous considérons votre conduite et la manière dont le roi vous a fait la faveur de vous donner un établissement dans ses terres, je ne puis m'empêcher de vous dire que vous vous êtes fait tort en ne lui payant pas ce tribut. Nous avions des égards pour vous, et vous avez agi contre nous. Vous avez donné retraite aux Mogols dans votre ville. Avez-vous bien fait? De plus, Sander-Khan a laissé sous votre protection les casenas de Trichenapaly et de Tanjaour, des pierreries, des éléphans, des chevaux et d'autres choses dont il s'est emparé dans ces royaumes, ainsi que sa famille: cela est-il bien aussi? Si vous voulez que nous soyons amis, il faut que vous nous remettiez ces casenas, ces pierreries, ces éléphans, ces chevaux, la femme et le fils de Sander-Khan. J'enverrai de mes cavaliers, et vous leur remettrez tout. Si vous différez de le faire, nous serons obligés d'aller nous-mêmes vous y forcer, de même qu'au tribut que vous nous devez depuis quarante ans.
»Vous savez aussi ce qui est arrivé dans ce pays à la ville de Bassin. Mon armée est fort nombreuse. Il faut de l'argent pour ses dépenses. Si vous ne vous conformez point à ce que je vous demande, je saurai tirer de vous de quoi payer la solde de toute l'armée. Nos vaisseaux arriveront aussi dans peu de jours. Il faut donc que notre affaire soit terminée au plus tôt.
»Je compte que, pour vous conformer à ma lettre, vous m'enverrez la femme et le fils de Sander-Khan, avec ses éléphans, ses chevaux, ses pierreries et ses casenas.
»Le 15 du mois de Randiam. Je n'ai point autre chose à vous mander.»
Loin d'être effrayé de ces menaces, le gouverneur français y répondit en ces termes:
«À Ragodgi-Bonsolla, etc.
»Depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, j'en ai reçu une autre de vous. Vos alcoras m'ont dit qu'ils avaient employé vingt-deux jours en chemin, et qu'avant de venir ici ils avaient été à Tanralour. Pendant que vous étiez près d'Arcate, j'ai envoyé deux Français pour vous saluer de ma part; mais ils ont été arrêtés et dépouillés en chemin, ce qui ne leur a pas permis de continuer leur route. Ensuite la nouvelle s'est répandue que vous étiez retourné dans votre pays.
»Vous me dites que nous devons un tribut à votre roi depuis quarante ans; jamais la nation française n'a été assujettie à aucun tribut. Il m'en coûterait la tête, si le roi de France, mon maître, était informé que j'y eusse consenti. Quand les princes du pays ont donné aux Français un terrain sur les sables du bord de la mer pour y bâtir une forteresse et une ville, ils n'ont point exigé d'autres conditions que de laisser subsister les pagodes et la religion des Gentous. Quoique vos armées n'aient point paru de ce côté-ci, nous avons toujours observé de bonne foi ces conditions.