[101] Amarumayu, aujourd'hui la rivière de la Plata.

Alonzo sentit l'importance et les difficultés d'une telle entremise; mais il voulut bien s'en charger; et tout fut préparé dans peu pour donner à son ambassade une splendeur qui répondît à la majesté des deux rois.

CHAPITRE XXVII.

Avant le départ d'Alonzo, l'Inca, pour entreprendre l'ouvrage de la paix sous de favorables auspices, fit un sacrifice au soleil. Les Mexicains y assistèrent, et Alonzo lui-même, sans y participer, crut pouvoir en être témoin.

Les vierges du soleil, admises dans son temple, servaient le pontife à l'autel. C'est de leur main qu'il recevait le pain du sacrifice[102]; et l'une d'elles, après l'offrande, le présentait aux Incas.

[102] Ce pain était fait du maïs le plus pur; on l'appelait Cancu.

La destinée de Cora voulut qu'en ce jour solennel ce fût elle qui dût remplir ce ministère si funeste.

Alonzo, par une faveur signalée du monarque, était placé auprès de lui. La prêtresse s'avance, un voile sur la tête, et le front couronné de fleurs. Ses yeux étaient baissés; mais ses longues paupières en laissaient échapper des feux étincelants. Ses belles mains tremblaient; ses lèvres palpitantes, son sein vivement agité, tout en elle exprimait l'émotion d'un cœur sensible. Heureuse si ses yeux timides ne s'étaient pas levés sur Alonzo! Un regard la perdit; ce regard imprudent lui fit voir le plus redoutable ennemi de son repos et de son innocence. Lui, dont la grâce et la beauté, chez les féroces anthropophages, avaient apprivoisé des cœurs nourris de sang, quel charme n'eut-il pas pour le cœur d'une vierge, simple, tendre, ingénue, et faite pour aimer! Ce sentiment, dont la nature avait mis dans son sein le germe dangereux, se développa tout-à-coup.

Dans le tressaillement que lui causa la vue de ce mortel, dont la parure relevait encore la beauté, peu s'en fallut que la corbeille d'or qui contenait l'offrande, ne lui tombât des mains. Elle pâlit; son cœur suspendit tout-à-coup et redoubla ses battements. Un frisson rapide est suivi d'un feu brûlant qui coule dans ses veines; et sur ses genoux défaillants elle a peine à se soutenir.

Son ministère enfin rempli, elle retourne vers l'autel. Mais Alonzo, présent à ses esprits, semble l'être encore à ses yeux. Interdite et confuse de son égarement, elle jette un regard suppliant sur l'image du soleil; elle y croit voir les traits d'Alonzo. «O dieu! dit-elle, ô dieu! quel est donc ce délire? Quel trouble ce jeune étranger a mis dans tous mes sens! Je ne me connais plus.»