Leur synagogue est incomparablement plus belle que celle de Venise, et ils y sont beaucoup plus puissants. La maison des Indes, qui est hors de la ville, marque bien qu’elle appartient aux plus riches négociants de l’Europe. On y bâtissait un très-beau vaisseau qui devait, un mois après, faire le voyage des Indes.

Nous allâmes voir les vaisseaux de guerre, qui n’ont rien de beau, et je n’en vis pas un qui approchât de la beauté de nos vaisseaux. Ils ne veulent point de galerie à la poupe comme nous ; ils croient que cela retarde la course du vaisseau : mais, bien loin d’y apporter aucun défaut, je trouve que cela est d’une grande utilité pour les officiers, et d’un grand ornement au vaisseau.

Je partis d’Amsterdam le 25 mai 1681, et nous arrivâmes à Enkhuyse le soir même, où sans nous arrêter qu’autant de temps qu’il faut pour manger, nous remarquâmes que cette ville portait trois harengs pour ses armes, à cause de la pêche considérable qui s’y fait de ce poisson.

Nous frétâmes la nuit une barque à Vorkum, où nous arrivâmes le lendemain matin. Cette province s’appelle Nord-Hollande, et je ne crois pas qu’au reste de la terre il se puisse trouver de plus jolies femmes. Les paysannes ont une beauté qui ne le cède point aux anciennes Romaines, et qui donne de l’amour à la première vue.

Nous arrivâmes à Leeuvarden, capitale de la Frise, ville très-jolie, qui reconnaît le prince de Nassau pour son gouverneur, n’ayant point voulu donner sa voix pour le prince d’Orange. Ce prince peut avoir vingt-cinq ou vingt-six ans : il perdit son père il y a environ dix-huit ans, à la septième année de son âge. Ce prince mourut par un accident funeste : un pistolet, qui se lâcha malheureusement, ôta en même temps un grand homme à l’Europe, et un généreux gouverneur à la Frise.

Hambourg est une ville hanséatique, libre et impériale, qui, par sa bonne milice et ses fortifications régulières, est en état de ne point appréhender quantité de princes qui envient fort ce morceau ; et particulièrement le roi de Danemark, à qui elle siérait parfaitement bien. Ce prince la bloqua pendant ces dernières guerres avec vingt-cinq mille hommes ; mais ayant vu les troupes auxiliaires qui lui venaient de toutes parts, il ne put rien entreprendre davantage. Il a cédé depuis peu, pendant son vivant, toutes les prétentions qu’il pouvait avoir sur cette ville moyennant la somme de deux cent mille écus. Elle est gouvernée par quatre bourgmestres et dix-huit conseillers. Les femmes y sont très-belles ; elles se couvrent le visage à l’espagnole.

DU DANEMARK

De Hambourg nous partîmes pour Copenhague.

Copenhague est située sur la mer Baltique fort avantageusement. Elle est frontière du côté de la province de Schonen, et a soutenu le siége fort vigoureusement pendant deux ans contre le grand Gustave-Adolphe, père de la reine Christine, que nous avons vue à Rome. Les clochers de Sainte-Marie portent les marques de ce siége.

La tour de l’observatoire, sur laquelle un carrosse peut monter, est une pièce fort curieuse. Elle fut bâtie par Frédéric II. Du haut de la tour on découvre toute la ville, qui ne nous parut pas fort grande, mais presque de tous côtés environnée d’eau. On y voit un globe céleste de cuivre, fait de la main de Tycho-Brahé, mathématicien fameux, originaire du pays.