La bourse est un fort beau bâtiment qui fait face au Louvre. Son clocher est d’une manière assez particulière ; quatre lézards, dont les queues s’élèvent en l’air, en forment la flèche. C’est là où se vendent toutes les curiosités, comme au palais.

Le cabinet du roi est au-dessus de la bibliothèque. Ce sont plusieurs chambres remplies de curiosités, entre autres une queue de cheval, qui est la marque d’autorité, et que les bachas mettent devant leurs tentes lorsqu’ils sont à l’armée ; le Grand Seigneur, trois, et le vizir, deux. Nous y vîmes une belle mandragore femelle ; les pantoufles d’une fille qui fut taponata sans en rien sentir ; l’ongle qu’on dit être de Nabuchodonosor, et un des enfants de cette comtesse de Flandre qui en mit au monde autant que de jours en l’an.

Il n’y a point de langue plus propre à demander l’aumône que la danoise : il semble toujours qu’ils pleurent.

Le Danemark est un pays très-gras et très-abondant, consistant en quantité d’îles, dont les plus renommées sont Séeland, Falster, Langeland, Laland et Fionie, renommée par cette dernière victoire qui sauva le royaume de sa perte totale, lorsque les Danois secondés des Hollandais, défirent Charles-Gustave dans cette île, lequel avait tenu deux ans Copenhague assiégée. Le roi de Danemark est encore maître de l’île d’Islande, qu’on croit être l’ultima Thule connue des anciens. Cette île malgré les neiges qui la couvrent, ne laisse pas d’avoir des montagnes brûlantes, qui vomissent les feux et les flammes de leur sein, et auxquelles les poëtes comparent le sein de leur maîtresse. Il y a des lacs fumants qui convertissent en pierre tout ce qu’on y jette, et plusieurs autres merveilles qui rendent cette île recommandable.

DE LA SUÈDE

Ce que nous appelons présentement Suède était autrefois appelé Scandie ou Scandinavie, qui n’est pour ainsi dire qu’une presqu’île, qui s’étend entre l’Océan, la mer Baltique, et le golfe Bothnique.

Celle province n’est pas des plus fertiles partout. La Laponie est la stérilité même ; et ce peuple, que j’ai eu la curiosité d’aller voir au bout du monde, est entièrement abandonné de la nourriture du corps et de l’âme, n’ayant ni le pain matériel, ni l’évangélique. Mais la Gothie et l’Ostrogothie sont des pays qu’on peut comparer à la France pour leur fertilité ; et la terre y est si bonne, qu’elle donne en trois mois ce qu’elle produit en neuf en d’autres endroits. Les autres lieux, où l’on force la nature pour l’obliger à nourrir les habitants, sont la Schonen, la Schanmolande, l’Angermanie, la Finlande ; et c’est dans ces lieux où la nature, refusant la fertilité des plaines, accorde l’abondance des forêts, que les habitants brûlent l’hiver, pour semer l’été prochain du grain sur les cendres, qui y vient en perfection, et en moins de temps que partout ailleurs.

Les Suédois sont naturellement braves gens ; et sans parler des Goths et des Vandales, qui, franchissant les Alpes et les Pyrénées, se rendirent maîtres de l’Italie et de l’Espagne, considérons de nos jours un Gustave-Adolphe, l’honneur des conquérants, suivi de très-peu de Suédois, qui passa victorieux toute l’Allemagne comme un éclair, et qui fit ressentir à tous les princes la valeur de ses armes. Voyons un Charles-Gustave, dernier roi de ce pays, qui réduisit les Danois, ses plus fiers ennemis, à se retirer dans leur ville capitale, qui leur restait seule de tout le royaume où il les assiégea pendant deux ans ; qui, après plusieurs batailles vint finir ses jours à Gothembourg, d’une fièvre, à l’âge de trente-sept ans, le 12 février 1660.

Ce prince, qui n’a jamais fait que des merveilles, obligea aussi le ciel à le seconder et à le secourir, et à faire des miracles pour lui. Il affermit les eaux du Belt, pour lui donner occasion d’entreprendre une action héroïque. Charles X fit passer toutes ses troupes sur une mer glacée de deux lieues de large, avec tout le canon, et y campa plusieurs jours avec une intrépidité de cœur qui surprenait tous les autres, et qui lui était naturelle. Si ce prince était grand guerrier, il ne fut pas moins politique, et il le fit bien voir pendant le gouvernement de la reine Christine, qui, s’amusant à consulter quantité de savants qu’elle faisait venir de toutes parts, et qui ne lui apprenaient pas l’art de régner, lui donna occasion de captiver l’esprit de tous les sénateurs, rebutés du gouvernement de cette reine, qu’ils obligèrent à abdiquer le royaume entre ses mains.

Le grand Gustave-Adolphe n’a-t-il pas montré le chemin à ce digne successeur ? et, après avoir mené une vie tout héroïque et toute guerrière, il la finit dans le champ de la victoire, et au milieu de ses armées, d’un coup de mousquet, qui ôta à l’Europe son plus grand conquérant.