Les Espagnols, de leur côté, informés des projets du roi d’Angleterre, ont fait leurs préparatifs pour soutenir la lutte; ils ont muni d’artillerie leurs quarante gros vaisseaux et pris des brigands à leur solde.—Au moment où Édouard III, monté sur un navire appelé La Salle du Roi, dont Robert de Namur est capitaine, fait exécuter par ses ménestrels un air de danse que Jean Chandos vient de rapporter d’Allemagne, tout à coup une sentinelle placée au haut du mât annonce que les Espagnols sont en vue: le roi fait aussitôt sonner le branlebas de combat[143]; les navires se rapprochent pour former une ligne très-serrée; Édouard et ses chevaliers boivent du vin, revêtent leurs armes en toute hâte, et la bataille commence. P. [90] à [92], [321] à [324].

Les navires espagnols et anglais s’accrochent les uns aux autres, deux par deux, avec des crampons et des chaînes de fer, et l’on se bat à l’abordage. Après diverses alternatives, le roi d’Angleterre et le prince de Galles, son fils, montent sur deux vaisseaux ennemis qu’ils ont conquis après une lutte acharnée; ils sont forcés d’abandonner leurs propres navires qui ont été horriblement maltraités et font eau de toutes parts. La Salle du Roi allait être emmenée par les Espagnols, qui l’avaient accrochée, sans le dévouement d’un valet de Robert de Namur, nommé Hennequin, qui, en sautant à bord du navire ennemi, parvient à couper les cordes qui soutiennent les voiles. Le vaisseau espagnol ne peut plus avancer, et Robert de Namur le prend à l’abordage. Bref, les Espagnols perdent quatorze[144] de leurs navires; les autres parviennent à se sauver. La flotte victorieuse rentre à Rye et à Winchelsea. Édouard va rejoindre sa femme qui l’attend dans un château situé à deux lieues de là et qui est fort inquiète, car les habitants de cette partie des côtes d’Angleterre ont vu le combat du haut des falaises. P. [92] à [98], [324] à [328].

Geoffroi de Charny surprend Aimeri de Pavie dans un petit château de la marche de Calais, nommé Frethun[145], qui lui avait été donné par le roi d’Angleterre, et le fait mettre à mort à Saint-Omer, pour le punir de sa trahison. P. [98], [99], [328] à [330].

CHAPITRE LXXI.

1348. RAVAGES DE LA PESTE.—1349. DÉMONSTRATIONS DE PÉNITENCE DES FLAGELLANTS; EXTERMINATION DES JUIFS DANS TOUS LES PAYS DE L’EUROPE EXCEPTÉ À AVIGNON ET SUR LE TERRITOIRE PAPAL[146][330]).

En ce temps éclate une peste qui fait mourir le tiers de la population[147]. Pour apaiser la colère de Dieu, il surgit alors en Allemagne[148] une secte dont les adeptes se fouettent le dos et les épaules jusqu’au sang avec des courroies garnies d’aiguillons de fer; d’où on les appelle flagellants. Ils chantent des complaintes[149] sur la Passion, et vont de ville en ville, en faisant pénitence, pendant trente-trois jours, parce que Jésus-Christ alla sur terre pendant trente-trois ans. Ces pénitences font cesser les ravages de la peste en beaucoup d’endroits; mais le roi de France interdit aux flagellants l’entrée de son royaume, et le pape lance des bulles d’excommunication contre eux.—On arrête alors les Juifs par toute l’Europe, on les brûle et on confisque leurs biens, excepté à Avignon et en la terre de l’Église, sous les ailes du pape. Une prédiction avait annoncé aux Juifs, cent ans auparavant, qu’ils seraient détruits quand on verrait apparaître des gens armés de verges de fer. L’apparition des flagellants explique le sens de cette prédiction. P. [100], [101], [330] à [332].

CHAPITRE LXXII.

1350. AVÉNEMENT DU ROI JEAN.—1351. VICTOIRE DES ANGLAIS PRÈS DE TAILLEBOURG; SIÉGE ET PRISE DE SAINT-JEAN-D’ANGÉLY PAR LES FRANÇAIS.—COMBAT DES TRENTE.—ESCARMOUCHE D’ARDRES ET MORT D’ÉDOUARD DE BEAUJEU.—1352. AVÉNEMENT D’INNOCENT VI.—1350. EXÉCUTION DE RAOUL, COMTE D’EU ET DE GUINES.—1352. VENTE DU CHÂTEAU DE GUINES AUX ANGLAIS.—1351. FONDATION DE L’ORDRE DE L’ÉTOILE[150] (§§ [331] à [342]).

Mort de Philippe de Valois, avénement du roi Jean[151]. Le nouveau roi[152], aussitôt après son couronnement à Reims, fait mettre en liberté ses cousins Jean et Charles d’Artois, fils de Robert d’Artois, détenus en prison, et comble de faveurs ses deux cousins germains, Pierre, duc de Bourbon, et Jacques de Bourbon, comte de la Marche. Il quitte Paris avec un train magnifique, prend le chemin de la Bourgogne, et se rend à Avignon[153] où le pape Clément VI et le sacré collége donnent des fêtes en son honneur. D’Avignon, il va passer une quinzaine de jours à Montpellier[154] d’où il se dirige vers le Poitou[155]. Il convoque à Poitiers ses gens d’armes placés sous les ordres de Charles d’Espagne, connétable, d’Édouard de Beaujeu et d’Arnoul d’Audrehem[156], maréchaux de France, et vient mettre le siége devant Saint-Jean-d’Angély, dont les habitants appellent à leur secours le roi d’Angleterre. P. [100] à [103], [332] à [334].

Jean de Beauchamp[157] et quarante autres chevaliers anglais, envoyés au secours de Saint-Jean-d’Angély, débarquent à Bordeaux à la tête de trois cents hommes d’armes et de six cents archers. Ces forces, réunies à celles des seigneurs d’Albret, de Mussidan et des autres chevaliers gascons du parti anglais, s’élèvent à cinq[158] cents lances, quinze cents archers et trois mille brigands à pied. Gascons et Anglais franchissent la Garonne, passent à Blaye et arrivent à une journée de distance de la Charente, en vue du pont de Taillebourg. Les Français, qui assiégent Saint-Jean-d’Angély, ont envoyé un détachement garder ce pont sous les ordres de Jean de Saintré, de Guichard d’Angle, de Boucicaut et de Gui de Nesle[159]. A la vue de ce détachement, les Anglais veulent rebrousser chemin, mais les Français s’élancent à leur poursuite. Un combat s’engage qui tourne à l’avantage des Anglo-Gascons. Tous les Français sont tués ou pris[160]. Les Anglais qui ne se sentent pas en mesure, malgré ce succès, de faire lever le siége de Saint-Jean-d’Angély, retournent à Bordeaux avec leur butin et de bons prisonniers tels que Gui de Nesle, dont par la suite ils ne tirèrent pas moins de cent mille moutons. P. [103] à [108], [334] à [336].