Le roi Jean apprend à Poitiers[161] la déconfiture de Taillebourg; il est fort irrité à cette nouvelle et vient en personne devant Saint-Jean-d’Angély pour renforcer le siége. Les assiégés sollicitent et obtiennent une trêve de quinze jours, à la condition qu’ils se rendront, s’ils ne sont pas secourus dans cet intervalle. A l’expiration de cette trêve, le 7 août[162] 1351, Saint-Jean-d’Angély ouvre ses portes au roi de France. P. [108], [109], [337].
Après la reddition de Saint-Jean-d’Angély, le roi Jean retourne à Paris, tandis que Jean de Beauchamp et les siens repassent en Angleterre où ils emmènent leurs prisonniers. De retour à Londres, Jean de Beauchamp[163] est nommé, en récompense du succès qu’il a remporté près de Taillebourg, capitaine et gouverneur de Calais. Le roi de France, de son côté, envoie à Saint-Omer Édouard, seigneur de Beaujeu[164], pour garder la frontière contre les Anglais. P. [110], [337].
Combat des Trente. Trente gens d’armes, bretons et français, partisans de Charles de Blois, sous les ordres de Robert de Beaumanoir, châtelain de Josselin, se battent en vertu d’une convention et dans des conditions réglées à l’avance contre trente soudoyers anglais, allemands et bretons, partisans de la comtesse de Montfort, commandés par Bramborough, châtelain de Ploërmel[165]. A la première passe, quatre Français et deux Anglais sont tués. On suspend la lutte pour prendre quelques instants de repos; puis le combat recommence. A la seconde passe, les Français prennent le dessus: Bramborough est tué avec huit de ses compagnons; les autres se rendent. Robert de Beaumanoir et les Français survivants emmènent leurs prisonniers à Josselin et les mettent à rançon courtoise, dès que leurs blessures sont guéries, car il n’y a personne, d’un côté comme de l’autre, qui n’ait été blessé. P. [110] à [115], [338] à [340].
«Vingt-deux ans[166] après le combat des Trente, ajoute Froissart, je vis assis à la table du roi Charles de France un chevalier qu’on appelait Yvain Charuel. Comme il avait pris part à ce combat, on l’honorait par-dessus tous les autres. On voyait bien du reste, à son visage, qu’il savait ce que valent coups d’épées, de haches et de dagues; car il était très-balafré. Il me fut dit vers ce même temps que messire Enguerrand de Hesdin avait été lui aussi l’un des Trente, et que c’était là l’origine de la faveur dont il jouissait auprès du roi de France. Ce glorieux fait d’armes se livra entre Ploërmel et Josselin le 27 juillet 1351.» P. [341].
Escarmouche d’Ardres[167]. Édouard, sire de Beaujeu, maréchal de France, envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint-Jean-d’Angély[168], est tué entre Ausques[169] et Ardres en poursuivant les Anglais de Calais, qui sont venus un matin faire une incursion et recueillir du butin jusqu’aux portes de Saint-Omer. En revanche, Jean de Beauchamp, gouverneur de Calais, et vingt autres chevaliers anglais sont faits prisonniers par les Français, grâce à un renfort de cinq cents brigands de la garnison de Saint-Omer, qui surviennent vers la fin de l’action. En même temps, le butin fait par les Anglais est repris par le sire de Bouvelinghem, les trois frères de Hames[170] et les garnisons françaises de Hames, de la Montoire[171] et de Guines[172].—Arnoul d’Audrehem[173] est envoyé à Saint-Omer, et succède à Édouard de Beaujeu comme gardien de la frontière contre les Anglais. D’un autre côté, le comte de Warwick[174] est nommé par Édouard III gouverneur de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp qui vient d’être fait prisonnier; celui-ci, toutefois, ne tarde pas à recouvrer sa liberté: les Français l’échangent contre Gui de Nesle[175] pris par les Anglais à l’affaire de Taillebourg. P. [115] à [122], [341] à [346].
Mort de Clément VI; avénement d’Innocent VI[176]. Grâce à la médiation du cardinal Gui de Boulogne, légat du nouveau pape, une trêve[177] est conclue pour deux ans entre les rois de France et d’Angleterre. P. [122], [123], [346].
Raoul, comte d’Eu et de Guines, connétable de France, peu après son retour d’Angleterre[178] où il a passé quatre ans en prison, est mis à mort sans jugement par l’ordre du roi Jean qui donne les biens de la victime à Jean d’Artois, comte d’Eu; et cette exécution excite de violents murmures en France comme aussi au dehors du royaume. P. [123] à [125], [346], [347].
Quelque temps après l’exécution du comte de Guines, et durant la trêve[179] conclue avec le roi d’Angleterre, un traître vend et livre le château de Guines aux Anglais. Jean de Beauchamp, gouverneur de Calais, répond à toutes les réclamations du roi de France au sujet de ce marché que l’achat d’un château ne constitue pas une infraction à la trêve. P. [125], [126], [347], [348].
Le roi Jean fonde[180], à l’imitation de la Table Ronde du roi Arthur, un ordre de chevalerie composé des trois cents chevaliers les plus preux de France, et appelé l’ordre de l’Étoile, parce qu’il a pour signe distinctif une étoile d’or, d’argent doré ou de perles qu’on porte par-dessus le vêtement. Les membres de l’ordre doivent, à toutes les fêtes solennelles, se réunir à la Noble Maison construite exprès pour cet objet près de Saint-Denis; c’est là que le roi tient cour plénière au moins une fois l’an, et que chaque compagnon vient raconter ses faits d’armes enregistrés sous sa dictée par des clercs. On ne peut être admis dans la confrérie qu’avec l’assentiment du roi et de la majorité des compagnons; on fait serment, en y entrant, de ne jamais fuir dans une bataille plus loin que quatre arpents, au risque d’être tué ou fait prisonnier; on jure aussi de se porter secours les uns aux autres en toute occasion. Si un compagnon de l’Étoile se trouve sans ressource sur ses vieux jours, la Noble Maison lui offre un asile où il est assuré d’un train de vie honorable pour lui et pour deux varlets.—Peu après la fondation de l’ordre de l’Étoile, la guerre redouble en Bretagne où le roi d’Angleterre, allié de la comtesse de Montfort, expédie des forces considérables. Gui de Nesle, sire d’Offémont[181], et plus de quatre-vingt-dix chevaliers de l’Étoile, envoyés par le roi de France au secours de la comtesse de Blois, trouvent la mort dans une embuscade que les Anglais leur avaient tendue; ils auraient pu se sauver, mais ils venaient de s’engager par serment, en vertu des statuts de la nouvelle confrérie, à ne jamais fuir. Un aussi malheureux début et plus encore les désastres qui s’abattent ensuite sur la France ne tardent pas à amener la ruine de l’ordre de l’Étoile. P. [126] à [128], [348], [349].