1354. ASSASSINAT DE CHARLES D’ESPAGNE; RUPTURE ENTRE LE ROI DE NAVARRE ET SES FRÈRES, INSTIGATEURS DE CET ATTENTAT, ET LE ROI DE FRANCE.—1355. EXPIRATION DES TRÊVES ET OUVERTURE DES HOSTILITÉS ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE.—MORT DE JEAN, DUC DE BRABANT, ET AVÉNEMENT DE JEANNE, MARIÉE A WENCESLAS DE LUXEMBOURG.—1356. GUERRE ENTRE FLANDRE ET BRABANT[182] (§§ [343] et [344]).

Le roi Jean, non content d’avoir fait après l’exécution du comte d’Eu Charles d’Espagne connétable de France, le comble de biens[183] et lui donne notamment une terre que le roi de Navarre et ses frères prétendent leur appartenir. A dater de ce moment, les enfants de Navarre vouent au favori une haine mortelle. Pour assouvir leur vengeance, ils ont recours à un guet-apens: ils surprennent une nuit le connétable dans un petit village situé près de Laigle[184] et le font mettre à mort par une bande que commande leur cousin le Bascle de Mareuil. A la nouvelle de l’assassinat de Charles d’Espagne, Jean confisque le comté d’Évreux et tout ce que le roi de Navarre possède en Normandie; il fait aussi envahir la Navarre par les comtes de Comminges et d’Armagnac, mais le comte de Foix, allié du roi de Navarre son beau-frère, porte la guerre en Armagnac. P. [129] à [131], [349], [350].

Pierre, duc de Bourbon et Henri, duc de Lancastre, envoyés à Avignon pour traiter de la paix, ne parviennent pas à s’entendre malgré tous les efforts du pape Innocent VI; et comme la trêve vient d’expirer[185], la guerre recommence entre la France et l’Angleterre.—Mort de Jean[186], duc de Brabant. Le duché de Brabant échoit à Jeanne, fille aînée de Jean, mariée à Wenceslas, duc de Luxembourg, fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et d’une sœur de Pierre, duc de Bourbon. Wenceslas est encore jeune, mais il gouverne par le conseil de son oncle Jacques de Bourbon[187]. Louis, comte de Flandre, marié à l’une des filles de Jean de Brabant, réclame Malines et Anvers comme devant faire retour au comté de Flandre après la mort de son beau-père, en vertu d’une convention consentie par le feu duc de Brabant. Une guerre terrible éclate au sujet de cette réclamation entre Flandre et Brabant; elle ne dure pas moins de trois[188] ans. Cette guerre prend fin grâce à l’arbitrage de Guillaume de Hainaut[189], fils de l’empereur Louis de Bavière, qui adjuge Malines et Anvers au comte de Flandre. P. [132], [133], [350], [351].

CHAPITRE LXXIV.

1355. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE NAVARRE.—CHEVAUCHÉE DU ROI D’ANGLETERRE EN BOULONNAIS ET EN ARTOIS; CONCENTRATION A AMIENS ET MARCHE DES FRANÇAIS CONTRE L’ENVAHISSEUR.—PRISE DU CHÂTEAU DE BERWICK PAR LES ÉCOSSAIS; RETOUR D’ÉDOUARD A CALAIS[190] (§§ [345] à [351]).

Les frères de Navarre se rendent en Angleterre où ils concluent une alliance offensive et défensive avec Édouard contre le roi de France[191]; à leur retour en Normandie, ils mettent en état de défense les châteaux d’Évreux, de Breteuil et de Conches. Le roi d’Angleterre lève trois armées à la fois: la première, composée de cinq cents hommes d’armes et de mille archers sous la conduite du duc de Lancastre, doit opérer en Bretagne contre Charles de Blois qui vient de recouvrer sa liberté moyennant une rançon de quatre cent[192] mille écus; la seconde, dont l’effectif ne s’élève pas à moins de mille hommes d’armes et de deux mille archers, est dirigée sur la Guienne et placée sous les ordres du prince de Galles[193] et de Jean Chandos; la troisième enfin, forte de deux mille hommes d’armes et de quatre mille archers, est commandée par le roi d’Angleterre en personne et doit débarquer en Normandie. P. [133] à [136], [351] à [354].

Édouard s’embarque à Southampton[194] et fait voile vers Cherbourg où l’attend le roi de Navarre; mais les vents contraires l’obligent à relâcher quinze jours à l’île de Wight, puis à Guernesey. Le roi de France est informé de ces préparatifs ainsi que de la prochaine descente des Anglais en Normandie; il envoie à Cherbourg l’évêque de Bayeux et le comte de Saarbruck qui parviennent à détacher le roi de Navarre de l’alliance d’Édouard et le décident à faire la paix[195] avec Jean son beau-père; toutefois Philippe de Navarre reste attaché au parti anglais. P. [136] à [138], [354] à [356].

A la nouvelle de la défection de son allié, le roi d’Angleterre renonce à descendre en Normandie et débarque à Calais. Il entreprend une chevauchée à travers la France, passe devant Ardres[196] et la Montoire[197], court devant Saint-Omer, dont Louis de Namur est capitaine, et s’avance tellement dans la direction de Hesdin que les habitants d’Arras s’attendent à être assiégés par les Anglais[198].—Le roi de France, de son côté, fait de grands préparatifs pour repousser l’envahisseur; il appelle à son secours ses bons amis de l’Empire, entre autres Jean de Hainaut; il convoque à Amiens tous les chevaliers et écuyers depuis quinze jusqu’à soixante ans; il se rend lui-même dans cette ville avec ses quatre fils, le roi de Navarre son gendre, le duc d’Orléans son frère et l’élite de la noblesse du royaume; il parvient à réunir sous ses ordres une armée de douze mille hommes d’armes et de trente mille gens des communautés. P. [138] à [141], [356] à [359].

Sur ces entrefaites, les Écossais, qui reçoivent des renforts du roi de France[199], profitent de l’absence d’Édouard, du prince de Galles et du duc de Lancastre, pour attaquer, sous les ordres de Guillaume de Douglas, Roxburgh et Berwick; ils échouent devant Roxburgh, mais ils s’emparent du château de Berwick[200] et sont sur le point de prendre la cité elle-même dont les bourgeois demandent du secours au roi d’Angleterre. P. [141] à [143], [359] à [361].

Dans le même temps, un chevalier français nommé Boucicaut, prisonnier des Anglais, qui lui ont permis seulement d’aller quelques mois dans son pays mettre ordre à ses affaires, vient rejoindre le roi d’Angleterre devant Blangy, beau château et fort du comté d’Artois. Édouard met Boucicaut en liberté sans rançon, à condition qu’il ira de sa part offrir la bataille au roi de France[201] qui se tient toujours à Amiens où il achève de rassembler ses forces. P. [143] à [146], [361] à [363].