Édouard se rend aussitôt à Calais avec une troupe de trois cents hommes d’armes et de six cents archers placés en apparence sous les ordres de Gautier de Mauny, car le roi veut qu’on ignore sa présence. Au jour dit, c’est-à-dire le 31 décembre 1349, Geoffroi de Charny, à la tête de cinq cents lances, arrive vers minuit en vue du château de Calais, ainsi qu’il a été convenu. Il passe le pont de Nieuley dont il confie la garde à Moreau de Fiennes, au sire de Crésecques, aux arbalétriers de Saint-Omer et d’Aire, tandis qu’il prend position entre ce pont et Calais, en face de la porte dite de Boulogne. Puis il envoie en avant Oudart de Renty avec onze autres chevaliers et cent armures de fer porter à Aimeri de Pavie les vingt mille écus promis et prendre possession du château. Oudart de Renty et ses compagnons trouvent le pont-levis abaissé pour leur livrer passage; mais à peine ont-ils pénétré dans la cour du château et remis entre les mains d’Aimeri un sac contenant la somme convenue qu’à un signal donné le roi d’Angleterre[130], son fils et Gautier de Mauny, suivis de deux cents combattants, se précipitent sur les Français au cri de: «Mauny, Mauny, à la rescousse!» Oudart et les siens n’ont pas même le temps de se reconnaître et sont faits prisonniers. Puis les Anglais montent à cheval et courent attaquer Geoffroi de Charny qui ne se doute de rien et commence à s’impatienter en ne voyant pas revenir Oudart de Renty. Avant d’engager cette seconde action, Édouard, qui veut couper la retraite aux Français, dépêche en toute hâte un fort détachement composé de six bannières et de trois cents archers, contre les arbalétriers des sires de Fiennes et de Crésecques préposés à la garde du pont de Nieuley. Plus de cent vingt Français sont tués ou noyés en défendant ce pont; mais les seigneurs de Fiennes, de Crésecques, de Sempy, de Longvillers et de Mametz parviennent à se sauver. P. [73] à [79], [306] à [311].

Le fort de l’action s’engage là où Geoffroi de Charny combat en personne; il voit tomber à ses côtés, frappés mortellement, Henri du Bos et Pepin de Wierre; il est fait lui-même prisonnier, ainsi que Jean de Landas, Hector et Gauvain de Bailleul, le sire de Créquy et tous ses autres compagnons, après avoir fait des prodiges de valeur. Toutefois, l’honneur de la journée est pour Eustache de Ribemont, qui se rend au roi d’Angleterre contre qui il a soutenu une lutte acharnée, sans le connaître. P. [79] à [81], [311] à [313].

La nuit du jour de l’an, Édouard offre en son château de Calais un magnifique souper à ses compagnons d’armes et aux chevaliers français prisonniers. Après le repas, il donne devant tous les assistants son propre chapelet[131] (chapeau) enrichi de perles à Eustache de Ribemont comme au plus brave, en accompagnant ce présent des éloges les plus flatteurs; puis il rend la liberté au chevalier français, sans exiger aucune rançon[132]. P. [81] à [84], [313] à [317].

Mort de Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne[133], mariée à Philippe de Valois, et de Bonne[134], fille de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, mariée à Jean, duc de Normandie. Philippe et Jean se remarient bientôt après, le premier à Blanche[135], fille de Philippe d’Évreux, roi de Navarre, le second à Jeanne[136], comtesse de Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, mort devant Aiguillon. P. [84], [85], [317], [318].

CHAPITRE LXIX.

1347. MARIAGE DE LOUIS, COMTE DE FLANDRE, AVEC MARGUERITE FILLE DE JEAN, DUC DE BRABANT[137][322]).

Il a été dit plus haut que Louis, comte de Flandre, après avoir fiancé à Bergues Isabelle, fille d’Édouard III, s’était réfugié en France pour échapper à la conclusion de ce mariage. Le duc Jean de Brabant ouvre aussitôt des négociations auprès du roi de France, afin d’obtenir la main du comte de Flandre pour sa fille Marguerite. Philippe de Valois, auquel le duc de Brabant promet d’engager les Flamands dans l’alliance française, conseille à Louis de Male[138] d’agréer les ouvertures de Jean III. Quant aux bonnes villes de Flandre, le duc de Brabant les menace, si elles ne lui sont pas favorables, de leur faire la guerre. A la suite de conférences tenues à Arras entre le jeune comte de Flandre et les envoyés de Jean III, Louis de Male s’engage solennellement à prendre Marguerite en mariage, puis il vient en Flandre où il rentre en possession de tous ses droits seigneuriaux, et bientôt après il épouse la fille du duc de Brabant. Une clause secrète du contrat fut que Malines[139] et Anvers, après la mort de Jean III, feraient retour au comte de Flandre.—L’irritation que le roi d’Angleterre ressent de ce mariage dans le premier moment ne l’empêche pas au bout de peu de temps de faire sa paix avec le duc de Brabant et le comte de Flandre[140]. P. [85] à [88], [318] à [320].

CHAPITRE LXX.

1350. DÉFAITE DES ESPAGNOLS DANS UNE BATAILLE NAVALE LIVRÉE EN VUE DE WINCHELSEA CONTRE LES ANGLAIS.—1352. EXÉCUTION D’AIMERI DE PAVIE A SAINT-OMER[141] (§§ [323] à [329]).

Édouard III apprend que les Espagnols, dont la marine s’est portée naguère à des actes d’hostilité contre les Anglais[142], sont allés avec de nombreux vaisseaux acheter des draps, des toiles et autres marchandises en Flandre; il ne veut pas laisser échapper cette occasion de se venger de ses ennemis. Il équipe une flotte puissante, dont les navires sont montés par l’élite de sa noblesse; il en prend le commandement et va croiser entre Douvres et Calais. P. [88] à [90], [320], [321].