C’est ainsi que la ville de Calais, qui avait été assiégée au mois d’août[113] 1346, vers la fête de la Décollation de Saint-Jean, fut prise dans le courant de ce même mois d’août de l’an 1347.—Par l’ordre du roi d’Angleterre, Jean de Vienne et tous les gentilshommes de la garnison sont faits prisonniers, tandis que l’on somme les autres gens d’armes, venus là comme mercenaires, et tous les habitants, hommes, femmes et enfants, d’évacuer la ville que l’on veut repeupler de purs Anglais. On ne garde[114] qu’un prêtre et deux autres personnes âgées et expérimentées, dont le vainqueur a besoin pour se renseigner sur les propriétés, les lois et ordonnances. Édouard fait son entrée solennelle à Calais dont il va habiter le château et où la reine sa femme met au monde une fille qui a nom Marguerite. En même temps, le roi anglais donne quelques-uns des plus beaux hôtels de la ville à Gautier de Mauny, à Renaud de Cobham, à Barthélemy de Burghersh, au baron de Stafford et à d’autres chevaliers de son entourage. P. [63] à [65], [293] à [297].
Les habitants de Calais ne reçoivent aucun dédommagement[115] du roi de France pour qui ils ont tout perdu; la plupart d’entre eux se retirent à Saint-Omer.—Grâce à la médiation du cardinal Gui de Boulogne[116], légat du Saint-Siége, une trêve de deux ans est conclue entre les rois de France et d’Angleterre: la Bretagne seule est exceptée de cette trêve.—Édouard repasse en Angleterre, après avoir confié la garde de sa nouvelle conquête à un Lombard nommé Aimeri de Pavie[117]; il ne se contente pas d’envoyer à Calais, qu’il veut repeupler[118], trente-six riches bourgeois anglais, dont douze de Londres; il octroie à cette ville de grandes libertés et franchises[119] pour y attirer des étrangers.—Charles de Blois, fait prisonnier à la Roche-Derrien, et Raoul, comte d’Eu, tombé à Caen au pouvoir des Anglais, que l’on détient alors à la Tour de Londres avec David Bruce, roi d’Écosse, et le comte de Murrey, sont traités avec beaucoup de courtoisie[120], Charles de Blois, à la prière de la reine d’Angleterre, sa cousine germaine[121], Raoul d’Eu, parce qu’il a su gagner par sa galanterie les bonnes grâces de toute la cour. P. [65] à [67], [297] à [299].
CHAPITRE LXVII.
1348. RAVAGES DES BRIGANDS EN LIMOUSIN ET EN BRETAGNE; EXPLOITS DE BACON ET DE CROQUART[122] (§§ [315] et [316]).
Guillaume Douglas, retiré dans la forêt de Jedburgh, continue de faire la guerre aux Anglais, même après la prise du roi d’Écosse et malgré les trêves entre l’Angleterre et la France[123]. P. [67].
Les trêves ne sont pas observées davantage en Gascogne, Poitou, Saintonge et Limousin. Dans ces pays de frontière, les pauvres gens d’armes exercent le brigandage comme un métier et s’y enrichissent avec une promptitude merveilleuse; il y en a qui font des fortunes de quarante mille écus. Voici comment ils procèdent. Rassemblés par bandes de vingt ou trente, ils épient pendant quelque temps un riche village ou un fort château situé dans les environs; puis un beau jour, de très-grand matin, ils y pénètrent furtivement et mettent le feu à une maison. Les habitants, qui croient avoir affaire à mille armures de fer, s’enfuient affolés de terreur; les brigands pillent le village ou le château, après quoi ils se retirent chargés de butin. Ils font ainsi à Donzenac[124] et ailleurs; ils s’emparent des châteaux et les revendent. Un de ces brigands emporte par escalade le château de Comborn[125], en Limousin. Le vicomte de Comborn, fait prisonnier dans son château, ne recouvre la liberté qu’en payant une rançon de vingt-quatre mille écus. Ce brigand, nommé Bacon, après avoir vendu le château de Comborn à Philippe de Valois moyennant vingt mille écus, devient huissier d’armes[126] du roi de France, qui le comble de faveurs. P. [67] à [69], [299] à [302].
En Bretagne, un autre brigand nommé Croquart, ancien page du seigneur de Herck en Hollande, gagne bien soixante mille écus; il figure à la bataille des Trente[127] du côté des Anglais et se montre le plus brave. Le roi de France lui offre une pension de deux mille livres, s’il veut se faire Français, mais il meurt d’une chute de cheval. P. [69], [70], [302], [303].
CHAPITRE LXVIII.
1349 et 1350. TENTATIVE MALHEUREUSE DE GEOFFROI DE CHARNY POUR REPRENDRE CALAIS AUX ANGLAIS (§§ [317] à [321]).
Geoffroi de Charny[128], capitaine de Saint-Omer, conclut secrètement une convention avec un Lombard, nommé Aimeri de Pavie, auquel Édouard III a confié la garde du château de Calais; Aimeri s’engage à livrer ce château moyennant vingt mille écus. Le roi d’Angleterre est informé de cette convention; il mande à Londres Aimeri de Pavie, et, après une scène de vifs reproches, il promet le pardon au Lombard à condition que celui-ci fera semblant de poursuivre le marché: Édouard, prévenu à temps, aura soin de se trouver en force à Calais le jour où Geoffroi de Charny viendra pour prendre livraison du château, et ainsi les Français seront pris au piége qu’ils ont voulu tendre.—Geoffroi de Charny, de son côté, ne confie son secret qu’à quelques chevaliers de Picardie, et met sur pied cinq cents lances en vue du coup de main projeté. Il est entendu avec le capitaine du château de Calais que le marché recevra son exécution dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier[129] 1350. Aussitôt que le jour est fixé, Aimeri envoie à Londres son frère prévenir le roi d’Angleterre. P. [70] à [73], [303] à [306].