1346. INVASION DES ÉCOSSAIS EN ANGLETERRE; VICTOIRE DES ANGLAIS A NEVILL’S CROSS[28] (§§ [295] à [299]).

David Bruce, roi d’Écosse, à l’instigation du roi de France, son allié[29], profite de l’absence d’Édouard III retenu au siége de Calais pour envahir l’Angleterre à la tête d’une puissante armée. Le rassemblement se fait à Édimbourg: les forces des Écossais s’élèvent à trois mille armures de fer[30], sans compter trente mille d’autres gens tous montés sur haquenées selon l’usage d’Écosse. David Bruce, laissant derrière lui Roxburgh[31], la forteresse la plus avancée de l’Angleterre du côté de l’Écosse, dont la garde a été confiée à Guillaume de Montagu, entre en Northumberland, et, après une halte entre Percy[32] et Urcol[33], sur une rivière, vient camper à une journée de Newcastle-upon-Tyne. P. [17] à [20], [226] à [231].

Philippe de Hainaut, reine d’Angleterre, chargée de la défense du royaume en l’absence de son mari, fait les plus grands préparatifs pour repousser l’invasion des Écossais et rassemble ses forces à Newcastle-upon-Tyne. Elle divise son armée en quatre corps[34]: le premier est commandé par l’évêque de Durham et le sire de Percy, le second par l’archevêque d’York et le sire de Nevill, le troisième par l’évêque de Lincoln et le sire de Mowbray, le quatrième par Édouard Baillol, gouverneur de Berwick et l’archevêque de Cantorbéry. Écossais et Anglais en viennent aux mains, à quelque distance de Newcastle-upon-Tyne[35], le mardi après la Saint-Michel[36] 1346. Les Écossais sont vaincus et laissent quinze mille des leurs sur le champ de bataille. David Bruce est fait prisonnier par Jean de Copeland, écuyer de Northumberland[37], qui se hâte d’emmener le roi d’Écosse, de peur qu’on ne lui dispute sa capture, loin du champ de bataille, et l’enferme dans un château appelé Chastel Orgueilleux[38].

Du côté des Écossais, les comtes de Fife[39], de Buchan[40], de Sutherland[41], de Strathdearn[42], de Marr[43], Jean[44] et Thomas de Douglas, Simon[45] Fraser et Alexandre de Ramsey[46] sont tués; les comtes de Murray[47] et de March[48], Guillaume[49] et Archibald de Douglas, Robert de Vescy, les évêques d’Aberdeen et de St-Andrews sont faits prisonniers. P. [20] à [24], [231] à [239].

«Et moi Jean Froissart[50], auteur de ces Chroniques et Histoires, je fis un voyage en Écosse en 1365, et je fus de l’hôtel de David Bruce pendant quinze semaines. Ma très-honorée dame, la reine Philippe d’Angleterre, m’avait donné des lettres pour le roi et les barons d’Écosse, qui, à sa recommandation, me firent très-bon accueil, spécialement le roi, qui parlait fort bien français, car il avait été dès sa jeunesse élevé en France, ainsi qu’il a été dit plus haut en cette histoire; et j’eus cette bonne fortune que, tout le temps que je fus auprès de lui et de son hôtel, il visita la plus grande partie de son royaume. J’appris ainsi à connaître l’Écosse en l’accompagnant dans ses excursions, et je l’entendis souvent parler, ainsi que plusieurs gens de sa suite, de la bataille où il avait été fait prisonnier. Il y avait là, entre autres chevaliers qui avaient combattu à Nevill’s Cross, messire Robert de Vescy, qui y fut fait prisonnier par le seigneur de Sees en Northumberland, messire Guillaume de Glaudigevin, messire Robert Bourme et messire Alexandre de Ramsey; quant aux comtes de Douglas et de Murray que je trouvai en Écosse, ils étaient les fils de ceux qui avaient été à la bataille. Je dis ceci, parce que le roi d’Écosse avait encore à la tête la pointe de la flèche dont il fut atteint; et à toutes les nouvelles lunes, il avait coutume de souffrir beaucoup à la partie de la tête où le fer était resté; il n’en vécut pas moins encore douze ans après mon voyage d’Écosse: il porta donc ce fer trente-deux ans.» P. [235] et [236].

La reine d’Angleterre, qui s’est tenue à Newcastle[51] pendant la bataille, informée que le roi d’Écosse a été pris par un écuyer nommé Jean de Copeland, écrit à celui-ci pour l’inviter à lui amener son prisonnier. Jean de Copeland répond qu’il ne livrera David Bruce qu’au roi d’Angleterre lui-même; il est mandé par Édouard et se rend à Calais. P. [24] à [26], [239] à [244].

Édouard III comble Jean de Copeland de félicitations[52] et d’honneurs; il l’invite à livrer à la reine son prisonnier, lui assigne cinq cents livres[53] sterling de pension annuelle et l’attache à son service personnel. Philippe de Hainaut fait enfermer à la Tour de Londres David Bruce et le comte de Murray[54], met des garnisons à Berwick, à Roxburgh, à Durham, à Newcastle et en général dans toutes les forteresses des frontières d’Écosse dont elle confie la garde aux seigneurs de Percy et de Nevill; puis elle passe la mer avec une nombreuse suite de dames et de damoiselles pour aller rejoindre son mari; elle débarque à Calais trois jours avant la Toussaint: le roi Édouard célèbre cette fête, à l’occasion de la venue de sa femme, avec un éclat inusité. P. [26] à [29], [244] à [247].

CHAPITRE LXIV.

1347. SIÉGE DE CALAIS; SECONDE PÉRIODE: DE LA FIN DE 1346 À MAI 1347.—LOUIS, COMTE DE FLANDRE, POUSSÉ CONTRE SON GRÉ PAR LES FLAMANDS DANS L’ALLIANCE DU ROI D’ANGLETERRE DONT IL A FIANCÉ LA FILLE, SE RÉFUGIE AUPRÈS DU ROI DE FRANCE[55] (§§ [300] à [303]).

Calais résiste victorieusement à toutes les attaques des Anglais; mais les habitants commencent à souffrir de la famine, car ils ne reçoivent des vivres que subrepticement, grâce à deux intrépides marins d’Abbeville, Marant et Mestriel. Les assiégeants ont à soutenir de continuelles escarmouches contre les garnisons françaises de Guines[56], de Hames[57], de Nesles[58], d’Oye[59], de Bayenghem[60], de Fiennes[61], de la Montoire[62], de Saint-Omer, de Thérouanne[63] et de Boulogne. P. [29] et [30], [247] à [249].