P. [147], l. 20: chapitains.—Ms. B 6: Che prope jour, vint le roy de Franche à Fauquenberghe et là se loga sur la rivière, et cuidoit que les Englès fussent là environ, et les avoit tout le jour poursievy à l’avis des fumières qu’il faisoient.
Or advint que, entreulx que le roy de Franche et les seigneurs estoient là logiet, ung grant remous et moult felle s’entreprist entre les gens de monseigneur Jehan de Haynau et le commun de Tournay. Et fu la chose bien ordonée de mal aler, car il furent rengiés ly uns devant l’autre. Et y eult pluiseurs de chiaulx de Tournay ochis et blechiés, dont il estoient moult ayret. Et encores euissent il rechut plus grant damaige, se ly rois n’y eust envoiet et mis deffense sur yaulx et yaulx appaisiet, car grans foisons de bons chevaliers et escuiers se tournoient et tiroient devers monseigneur Jehan de Haynau à l’encontre de cheaulx de Tournay. Sy fu la chose ensy departie: qui plus y eult mis plus y eult perdu. Chil de Tournay plouroient leur damaige: che fu le reconfort qu’il en eurent.
Assés tost après ceste advenue, vint le marescaus de Franche, messire Ernoul d’Audrehem devers le roy, et ly dist que les Englès estoient entrés à Calais. Quant le roy de Franche entendy che, sy eult consail de luy retraire à Saint Omer et se party à tout son ost et s’en vint en sa bonne ville de Saint Omer et là se tint. Et demanda conseil à monseigneur Jehan de Haynau, en quy il avoit fiance, coment il poroit perseverer à son honneur de ceste armée; il luy dist: «Sire, se vous envoierés quatre chevaliers à Calais devers le roy d’Engleterre, et luy manderés que vous l’avés poursievy au plus hastivement que vous avés peult depuis les nouvelles que vous eustes de messire Bouchicault et qu’il vide hors de Calais, et vous luy baillerés plache là où il le voldra prendre et eslire, et là le combaterés.»
A che consail le roy entendy vollentiers. Et furent les quatre chevaliers nommés et ordonnés qui yroient ce messaige faire; et furent messires Ernoul d’Audrehem, messire Guichart de Biaugeu, messire Bouchicault et le sire de Saint Venant. Et cheulx y alèrent et ung hirault avecques eulx jusques à Calais pour parler au roy d’Engleterre. Quant il furent venus assés près de Calais, il envoièrent leur hirau dedens la ville dire et senefier au roy englès que là estoient quatre chevaliers franchois pour parler au roy d’Engleterre de par le roy de Franche, mais que il eussent sauconduit. Le roy respondy au hirault qu’il n’avoient que faire de entrer en la ville de Calais; mais il envoiroit de son consail pour parler à y aulx et sçavoir quelle chose il volloient dire. Sy i envoia son cousin le duc Henry de Lenclastre et messire Gautier de Mauny et deux aultres chevaliers. Sy chevauchèrent tant que il vinrent là où les quatre chevaliers de Franche les atendoient. Sy les saluèrent courtoisement et leur demandèrent qu’il leur plaisoit. Messire Ernoul d’Audrehem prist le parolle et dist qu’il estoient là envoiet de par le roy de Franche pour requerre au roy d’Engleterre qu’il volsist yssir hors de Calais et venir en ung biel camp, car il se volroit combattre à luy. Le duc de Lancastre respondy que ly roy Jehan avoit eut assés tamps et losir de venir jusques à yauls, s’il volsist, car il avoit sejourné au pais de l’Artois bien onze jours, où le roy son seigneur l’avoit atendut et luy avoit mandé bataille «par vous monseigneur Bouchicault qui chy estes presens. Sy vous respondons de par le roy nostre seigneur qu’il n’est pas consilliés de faire che que vous ly requerés, car jà le moitié de ses gens en sont rallet leur voie, et ly aultres sont moult travilliet. Se ly venroit mal à point de combatre au plaisir et à l’aise du roy de Franche et à tous les bons poins.» Là endroit furent pluiseurs raisons dites entre yauls, dont je m’en tais, car riens n’en fut accordé. Sy se partirent atant les chevaliers de Franche et vinrent à Saint Omer raporter au roy de Franche leur response, et ly chevaliers d’Engleterre s’en ralèrent à Calais. Fos 488 à 492.
P. [147], l. 26: li Englès estoit.—Ms. B 3: les Anglois estoient.—Ms. B 4: ly Englès estoient.
P. [148], l. 3: royaus.—Ms. B 3: roialle.
P. [148], l. 5: chevaucie.—Ms. B 3: chevauchée.
P. [148], l. 13: pièce de terre.—Ms. B 3: terre.
P. [148], l. 20: Arde.—Ms. B 3: Ardre. Fº 171 vº.
P. [148], l. 23 et 24: havene.—Ms. B 3: havre.