[147] La peste de 1348 fut un de ces nombreux cas de peste asiatique qui sont venus à diverses reprises fondre sur l’Europe. «Dicta autem mortalitas, dit Jean de Venette, inter incredulos inchoavit, deinde ad Italiam venit; postea montes pertransiens ad Avinionem accessit....» (G. de Nangis, édit. Géraud, t. II, p. 212.) Simon de Covins, astronome du temps, attribua cette peste à l’influence des astres (voyez un article de M. Littré, Bibl. de l’École des Chartes, t. II, p. 208 et suiv.). Dans le nord de la France, la peste sévit d’abord à Roissy (Seine-et-Oise, arr. Pontoise, c. Gonesse); elle fit périr cinquante mille personnes à Paris et seize mille à Saint-Denis, et continua ses ravages pendant un an et demi (Grandes Chroniques, t. V, p. 485 et 486). En Angleterre comme en France, la peste commença par le sud; elle éclata d’abord vers le 1er août 1348 dans le comté de Dorset; elle exerça ensuite de tels ravages à Londres que, de la Purification à Pâques 1349, on enterra deux cents cadavres par jour dans un nouveau cimetière près de Smiethfield sur l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui l’école-hospice, jadis couvent, de Charterhouse. De Londres, la peste gagna le nord de l’Angleterre et l’Écosse où elle ne cessa ses ravages que vers la Saint-Michel 1349 (Robert de Avesbury, Hist. Ed. III, p. 177 à 179). Comme il arrive toujours, la peste de 1348 frappa surtout les classes nécessiteuses. La plupart des ouvriers et domestiques étant morts de la peste, ceux qui avaient survécu eurent l’idée de profiter de leur petit nombre pour se faire donner des gages et des salaires plus élevés. Édouard III mit bon ordre à ce qu’il considérait comme un abus, par ordonnance du 18 novembre 1350 (Rymer, vol. III, p. 210 et 211). La Faculté de Médecine de Paris rédigea en 1349 un mémoire sur la peste de 1348; il est conservé au dép. des mss. de la Bibl. nat., fonds latin, nº 11227. M. le docteur Michon a publié en 1860 sur cette épidémie un travail capital intitulé: Documents inédits sur la grande peste de 1348 (consultations de la Faculté de Paris, d’un médecin de Montpellier, description de G. de Machaut), par L. A. Joseph Michon, in-8º, 99 p., Paris, J. B. Baillière.
[148] La Hollande, la Flandre et le Brabant furent le berceau de la secte des flagellants. Cf. Robert de Avesbury, p. 179; Grandes Chroniques, t. V, p. 492 et 493; G. de Nangis, t. II, p. 216 à 218.
[149] Voyez deux chansons des flagellants dans Le Roux de Lincy, Recueil des chants historiques français, première série, p. 237 et suiv.
CHAPITRE LXXII.
[150] Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, chap. LXXXV à LXXXVII, LXXXIX, p. 157 à 168, 173 à 175.
[151] Philippe de Valois mourut le dimanche 22 août 1350 à Nogent-le-Roi près Coulombs (auj. Nogent-Eure-et-Loir, ar. Dreux). Jean II fut couronné à Reims le dimanche 26 septembre suivant (p. 400 de ce volume). Le château de Nogent-le-Roi appartenait au roi de Navarre, mais Philippe de Valois mourut sans doute à l’abbaye de Coulombs d’où le roi Jean a daté des lettres de rémission du mois d’août 1350 (JJ80, p. 31).
[152] Quelques-uns de nos lecteurs s’étonneront peut-être des développements que nous donnons à ces notes. C’est que malheureusement beaucoup des erreurs, même grossières, que nous relevons dans les Chroniques de Froissart se retrouvent dans les ouvrages les plus estimés. Il faut bien le dire, l’histoire du quatorzième siècle, dans ses deux parties essentielles, la chronologie et la géographie, reste encore en grande partie à faire. Il n’entre pas dans notre plan de signaler les erreurs qui ont pu échapper à nos prédécesseurs; nous croyons seulement qu’il importe de donner une fois pour toutes l’idée de ces lacunes dont nous parlons; à ce titre, nous citerons les lignes suivantes que les auteurs de l’Art de vérifier les dates (t. I, p. 598) ont consacrées aux deux premières années du règne du roi Jean: «Nos armes n’avaient aucun succès contre les Anglais. Cette même année (1351), ils se rendirent maîtres de Guines au mois de septembre par la trahison de Beaucaurroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime par une mort honteuse. Aimeri de Pavie, commandant de Calais, qui avait séduit Beaucaurroy, voulut surprendre l’année suivante Saint-Omer où commandait Charny. Il est pris lui-même dans une embuscade, et Charny le fait écarteler. Le roi d’Angleterre n’avait pas ainsi traité Charny, comme on l’a vu, lorsqu’ayant engagé l’an 1348 ce même Aimeri à lui livrer Calais, il fut surpris au moment où il allait s’emparer de la place. Édouard lui ayant pardonné généreusement, Charny, par reconnaissance, devait user de la même générosité.» Les Bénédictins ont commis dans ce peu de lignes presque autant d’erreurs qu’ils ont avancé de faits. Ce n’est pas au mois de septembre 1351, mais en 1352, entre le 6 et le 22 janvier, que les Anglais s’emparèrent par surprise du château de Guines. C’est Robert de Herle, et non Aimeri de Pavie, qui était capitaine de Calais lorsque le Lombard, devenu simple châtelain de Frethun, fut surpris à son tour par Geoffroi de Charny. Enfin, la tentative de ce dernier contre Calais eut lieu, non en 1348, mais dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier 1350.
[153] Le roi Jean se mit en route pour Avignon dans les derniers jours de novembre 1350. Le dernier jour de novembre, il passait à Chateauneuf-sur-Loire (Loiret, ar. Orléans); il était arrivé à Villeneuve-lès-Avignon (Gard, arr. Uzès, sur la droite du Rhône) le 23 décembre (JJ80, p. 867; JJ81, p. 166, 167, 237, 760, 203, 460).
[154] Le roi de France, arrivé de Beaucaire à Montpellier le 7 janvier 1351, tint le lendemain 8 dans cette ville les états généraux de la province où avaient été convoqués les prélats, barons et communes des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire et Rouergue, les évêques d’Agde, Béziers, Lodève, Saint-Papoul, Lombez et Comminges (dom Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 272). La présence de Jean à Montpellier du 9 au 21 janvier est attestée par divers actes (JJ80, p. 466, 761, 149, 759, 269, 532, 763, 356, 456, 457, 458). Le roi de France fit une excursion à Aigues-Mortes le 22 janvier et jours suivants (JJ80, p. 463, 459, 749, 771); il était le 26 (JJ80, p. 318, 455, 476) de retour à Villeneuve, où il donnait un tournoi magnifique et séjournait de nouveau jusque vers les premiers jours de février (JJ80, p. 476, 472, 587, 568).
[155] Le roi Jean ne se dirigea pas vers le Poitou, mais il regagna directement Paris, où le rappelaient les états généraux de la Languedoil et de la Languedoc convoqués pour le 16 février 1351, convocation qui fut, il est vrai, prorogée au 15 mars suivant. Au retour, il passa par Lyon, où il se trouvait le 7 février (JJ80, p. 216, 372); il était rentré à Paris le 19 février au plus tard (JJ80, p. 212).